Bricc Baby Shitro: jouer sur les perceptions, gagner sur tous les tableaux

8 Mai 2015 / par
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Bricc Baby Shitro a autant de charisme à vendre que de blocs de farine. Sirop dans la main droite, fusil d’assaut dans l’autre, cône de diesel à la commissure des lèvres, dont les volutes enfument  une colombe Crip, tatouée de sa bouche à son oreille gauche. Il est chez lui tant dans le bando de Peewee Longway à Atlanta que dans la Bentley de Kid Ink à L.A. BBS serait l’archétype du trappeur dur, hyper confiant, plus mortel que la mort elle-même, s’il ne gérait pas l’essentiel de ses affaires musicales avec des blancs becs de bonnes familles européennes.

Pour la petite histoire, ce serait Lil’ Debbie (oui, celle-là) qui aurait été le lien entre Brodinski et BBS. Plus blanc que ça, tu t’obstines dans la file du Starbucks que le rap c’est pertinent parce qu’Aesop Rock utilise plus de mots que Shakespeare.

Dès les présentations faites, le Reimois et l’Américain s’enferment dans le studio Red Bull de L.A et enregistrent pendant une semaine. La lune de miel se poursuit à Paris, où BBS va chiller et enregistrer en continue avec l’écurie Bromance, matériel qui va éventuellement devenir le socle de sa deuxième mixtape officielle, «Nasty Dealer», sorti en avril dernier.

Brodinski va garder deux morceaux pour «Brava», son album. Des morceaux efficaces, surtout «Bury me», mais qui ne passeront pas à l’histoire, perdus dans le magma illisible du reste. Le vraie génie de la collaboration transatlantique improbable a été révélé au monde avec «Work», hymne à la productivité piloté par le duo improbable de Sam Tiba et Clinton Sparks, suivi trois mois plus tard de «6 drugs», un beat exalté, aussi de Sam Tiba, pilier de Club Cheval et de Bromance.

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Suivant la logique du tape, c’est Piano Cracc qui sert de plus récent single clippé, un délire paranoïaque habité par BBS et porté à merveille par la musique de Brodinski.

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Prises les unes à la suite des autres sur «Nasty Dealer», le triolet est un des plus forts et plus cohésifs entendus depuis longtemps. Un équilibre parfait entre des univers créatifs liés, l’électro et le rap, mais dont les exemples catastrophiques supplantent largement les heureux.

Une lecture en diagonale des collaborateurs, des amis mais également des monstres contemporains, montrent bien que BBS n’improvise ni n’invente rien de ses affiliations. Parmi les moments forts, il serait difficile de passer à côté de «Alone», et pas parce qu’elle ouvre les hostilités. L’univers menaçant de sirènes et de cliquetis ne semblent pas intimider une miette BBS et Alia Rose, qui y flottent en susurrant de les laisser seuls. Mike «Zombie on the track» a fait sonner toutes les cathédrales du New Jersey à Zone 6 pour donner un beat digne d’un messie à Shitro. Même le morceau avec la Debbie. un «Mustard type of beat» un peu anonyme, mais qui est parfaitement calculé, avec toutes les parties qui arrivent et repartent exactement là où elles devraient.

Cette précision dans l’assemblage est d’ailleurs une qualité qu’on peut étendre à l’ensemble de «Nasty Dealer». Chacune des chansons semblent avoir été choisies et placées en réponses à ses voisines, une attention rare dans le circuit de la compilation gratuite aussitôt enregistrée, téléchargée que remisée. Conséquemment, les 18 chansons ont toutes leurs propriétés, leurs idées et leurs effets différents, et se complètent plutôt que se répéter. La même habileté qui lui permet de jouer sur l’image qu’il projette, les intentions qu’on lui prête et ses réelles intentions, Bricc Baby Shitro a camouflé sous l’apparence d’une mixtape ce qui est à toute fin pratique «un album» pesant et pertinent, un des meilleurs de la première moitié de 2015.

 

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