À l’étranger: Bromance et bulles sur le parvis de la Cathédrale de Reims (rapport)

12 Novembre 2014 / par

Reims est un grand triomphe de la Révolution Française. La petite bourgeoisie qui a décapité la royauté mène la capitale de Champagne-Ardenne: pas un coin de rue sans sa banque, son courtier d’assurance, son notaire. Les boutiques de vêtements y sont propres, génériques et hors de prix. Même les itinérants sont souriants. Les antiquaires tiennent encore des fauteuils et des tables Louis XVI, parce que la France n’a pas fait disparaître la royauté, elle l’a répartie entre ses habitants.

Au milieu de ce joli ennui, le festival Elektricity se tient depuis 12 ans. Une dose d’éclectisme, de sonorités d’aujourd’hui dans ce bastion de la Mémoire et du Hier. Les jeunes, qu’on devine plus qu’on voit le reste de l’année, s’y agglutinent. Louis, comme tant d’autres avant et après lui, y a été spectateur, puis stagiaire, puis y a joué devant de plus en plus de monde. Ce soir, au pied des tours de la cathédrale, il est Brodinski-qui-fait-le-tour-du-monde-et-qui-a-travaillé-avec-Kanye-West.

On passera autant de temps ici qu’on a passé sur le parvis, le déluge semblant s’intensifier à chaque morceau enchaîné. Cependant, il faut le donner aux Remois: ce qu’ils perdaient en nombre, ils le gagnait en intensité. Je n’ai rien noté, mais je me rappelle que Brodisinki a passé la pièce-titre de son album, «Can’t Help Myself» (qui sort le 17 novembre sur Parlophone), «U guessed it», de OG Maco et beaucoup de Rich Gang. Et son morceau avec T. London.

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Heureusement, la prise II avait lieu au sec.

L’écurie Bromance s’était fait confier la conclure du festival, dans une salle fermée. Heureux programme. d’autant plus que la liste d’invités (Monsieur Monsieur, PANTEROS 666, SAM TIBA et MYD (le presque tout Club Cheval), B.A.G.A.R.R.E,, LOUISAHHH!!! ATEPH ELIDJA) m’était en grande partie inconnue. Et comme les amis de mes amis sont mes amis…

Dans une ville qui dort le plus clair de son temps, personne ne sera surpris qu’une invitation à poursuivre la fête après 2 heures du matin soit honorée, surtout si elle vient du fils prodigue du coin. Personne, sauf le personnel de bar de la Cartonnerie, qui peinait à calmer la soif des assaillants: l’alcool et les verres consignés ont manqué bien avant le couperet de 3h.

D’un oeil extérieur, ce chaos offrait une allégorie intéressante des troubles de la société française: une partie prestatrice mal équipée, désorganisée et insuffisante face à des prestataires toujours plus nombreux rivalisant de mensonges et de tricheries pour en abuser.

Le gâchis qui régnait au bar ne s’est heureusement pas répandu dans la salle. Le booth placé au centre du dancefloor, à hauteur d’homme, permettait une communion concentrique, une configuration plus humaine que le traditionnel autel sur lequel on perche le DJ officiant. Une idée parfaitement adaptée à l’«esprit de famille» qu’on voulait créer.

Comme bien souvent, si vous n’avez jamais vu de photo du DJ et que vous ne reconnaissez pas un de ses «hits», il est très difficile d’identifier qui met la musique. Vu qu’aucun des deux DJ avant Brodinski n’a offert une performance qui mérite que je retourne l’internet à l’envers pour un setlist, on va en rester là.

Quant au boss, il a repris là où il avait laissé quelques heures plus tôt à la cathédrale, passant de 150 à 70 à 140 BPM en trois morceaux, comme on change les vitesses d’une berline luxueuse: sans à-coups ni interruption. Cette facilité qu’il a à combiner ces univers faussement séparés lui ferme probablement des portes chez les puristes, mais pour ceux qui sont de ce siècle, Brodinski est un, sinon, le meilleur.

Mais en toute honnêteté, je vais me souvenir de son set comme étant celui qui ouvrait pour Panteros 666. Dans les 10 premières minutes, le moustachu a tout sali avec «Hyper Reality», et  après ça, j’ai rapidement perdu le compte. Funky, dures, embrassantes, pointues: les sélections anticipaient les réactions des corps. Sans exagérer et même en prenant en compte le taux d’alcoolémie, c’est un des meilleurs sets entendus depuis longtemps.

Le techno du gars qui suivait n’était sûrement pas mal, mais le pinnacle de la nuit était passé. Content, sec et repu, je parti déambuler dans la ville assoupie.

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