Ampichino, patriarche des fous d’Ohio (#rattrapage2013)

20 Janvier 2014 / par

La recommandation de ce rappeur de l’Ohio est également issue de la revue de l’année de PBS, un des meilleurs filtres dans toute cette boue de listes et tops. Le Midwest américain est la preuve qu’internet n’a pas complètement gommé la notion de scène locale. La prolifération des médias en ligne et sources d’informations indépendantes a surtout eu l’effet d’agrandir la chambre d’écho des buzz, mais les vrais «breakers» d’artistes, les gens qui se donnent la peine de filtrer, recouper, faire des liens, sont toujours aussi rares. Et loin d’avoir des statistiques et chiffres pour attirer commandites et publicités qui leur permettraient de vivre de leur activité.

C’est via le filon de Chop Music que je découvre une scène solide, composé d’artistes prolifiques et accomplis dans leur communauté, tout en étant virtuellement inconnu à l’extérieur de leur code régional. Sans vouloir chercher des parallèles, c’est une situation qui n’est pas sans rappeler le Houston des années 90 ou Atlanta au début 2000, dont les caractéristiques ont profondément marqué la production musicale nationale lorsqu’on a commencé à les diffuser à la grandeur des États-Unis.

Ampichino est un excellent cas de figure, un patriarche qui compte une quinzaine d’albums à son actif, un label (Double F) des relations avec des joueurs majeurs de la région et une base de fans fidèles. Surtout, il a eu amplement le temps de travailler son art, son personnage, ses angles, contrairement aux même «nouveaux» artistes que s’arrachent l’internet normatif.

En effet, qui de ces «freshman of the year» auraient 1) le guts 2) la profondeur 3) l’opportunité de produire un album double de 29 chansons (pas une mixtape: un album payant). Da Krazies 2 est imposant, effrayant, complètement à l’envers de la mode des «réducteurs» d’albums. Mais digéré petit à petit, on découvre une pluralité d’univers, d’influences, une hétérogénéité des musiques et sources d’échantillons qui font parfaitement sens d’être rassemblés sous un même nom.

À travers Da Krazies 2, Ampichino m’a souvent rappelé Killer Mike, époques Pledge allegiance to the grind. Il y a une similarité dans leur teinte de voix, mélange immédiatement reconnaissable de tristesse, d’assurance et d’expérience. Les deux ont la même lucidité et le même pragmatisme de rêveur dont les ailes ont été coupé trop tôt, poussés à l’illégalité par un système truqué. Des gangsters, certes, mais qui ont peur de Dieu et qui mourraient avant de décevoir leur grand-mère.

Quelqu’un a eu la grande brillance de compiler l’album sur Youtube, ci-bas. Commencez par en haut, une chanson à la fois. Arrêtez quand vous êtes tannés. Mais je suis prêt à parier que ça arrivera plus tard que vous ne le pensiez.

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