Aux armes: Comment mettre KO la droite anti-artistes

2 Juillet 2012 / par
http://www.dailymotion.com/video/xrv0cx

Manu Militari est un des artistes rap québécois les plus importants des 10 dernières années. Sa nature réservée et posée empèse de rigueur tout le sérieux des affirmations qu’il écrit depuis Voix de fait (2006). Sa plume est reconnue par un noyau de fans fidèles et nombreux aux quatre coins du Québec (Coeur de Pirate l’a appris à ses dépens il y a deux ans), la presse spécialisée (qui lui ont fait gagné un Félix pour son 2e, Crime d’honneur) et par l’industrie, qui l’a déjà nominée dans la catégorie «Écriture» de l’ADISQ, un des rares rappeurs à avoir eu cet honneur. Qui plus est, on peut véritablement dire qu’il développe une thématique depuis une demi-douzaine d’années, avec une démarche artistique propre, notamment teintée par sa dénonciation de l’anti-«arabisme» occidental.

Avec L’attente, premier single de son 3 album, il avait atteint, j’avais trouvé, un sommet dans son style. On peut lui reprocher son manichéisme ou bien de tourner un peu en rond en exploitant des thématiques semblables, avec le même type de narration au «je» et avec un flow répétitif (le vidéo Ryan est  presque le tome 1 de L’attente), mais pas d’avoir affiné un traitement et une parole cohérente – qui ne déçoit pas et qui s’améliore – au fil des années.

La démarche des vidéos de Manu est elle aussi particulière. En entrevue, il m’a avoué qu’il rêvait d’écrire un scénario de film, un jour: hyper-narratifs, ses clips sont le prolongement de l’effet de ses textes. Le clip de L’attente constituait aussi un sommet par son audace, ses qualités techniques, son efficacité.

L’attente est un exercice difficile à faire pour un Occidental, d’une part puisque le mythe du terroriste barbu est un monolithe unanimement détesté. La réhabilitation de l’image d’un islamisme modéré n’est pas le sujet le plus sexy, aussi essentiel et juste puisse-t-il être. On passera donc les accusations d’opportunisme, ou d’avoir «voulu choquer» pour faire parler et vendre.

Ensuite, pour dire quelque chose d’intelligent, il faut découdre le placage médiatique anti-arabe des 11 dernières années, et fouiller des sources alternatives, qui peuvent flirter avec l’illégalité selon le niveau de paranoïa de votre gouvernement local. Comme on l’a vu dans les derniers jours, c’est un jeu explosif (le jeu de mot est voulu): le risque est gros, les bénéfices pas des plus mirobolants et, en cas de controverse, très peu de gens viendront à votre défense publiquement.

***

1er juillet + Québec bashing + bashing de subventions aux artistes + anti-militarisme/patriotisme : on devine l’érection de l’animateur sous sa table en mélamine. Éric Duhaime, toujours aussi déconfit, a l’air au bout de ses chaussettes que personne (à part des militaires) au Québec n’ait déchiré leur chemise de colère. Go west young man, va la rejoindre ta gang de bloke au gros bon sens.

Si le moralisme patriotique à coup de «moi je pense que» semble être le traitement de départ de la nouvelle, le jupon dépasse vite. Duhaime et l’autre vendeur de Seadoo s’en calissent pas mal qu’on montre un ACTEUR DÉGUISÉ EN TALIBAN se faire pointer un GUN EN PLASTIQUE par un autre ACTEUR DÉGUISÉ EN SOLDAT: ce qui les écoeure, c’est qu’ils payent pour.  109 000 $ sur 4 ans, pour produire et mettre en marché 3 albums, ça ne me semble pas exagéré, mais qu’est-ce que je connais là-dedans: je ne suis pas un chroniqueur payé par un empire qui roule sur les crédits d’impôts

À ces arguments, que SUN NEWS ressort systématiquement, répliquez toujours ceci: le 0,1 % des gens qui écoutent Sun News, ou les 27% des Canayens qui ont votés pour Harper et James Moore ne sont pas les seuls à payer des impôts au pays. Parfait s’ils «ne veulent pas payer pour ça»: moi, j’ai le goût que mon argent serve à financer des Québécois pour qu’ils fassent sauter des Hummers avec un petit drapeau canadien dessus dans le désert.

Comment on va décider qui a raison ? On fait un concours de bouches semi-tristes/semi-fâchées?

 

2 Commentaires

  1. Guindon says:

    Raison #12798766732 de faire l’indépendance: Pouvoir se subventionner librement des vidéoclips qui critiquent le militarisme/patriotisme canadien.

    Manu Militari > Don Cherry.

  2. The Spiked One says:

    Les journalistes doivent etre les gens les moins bien informer au monde en se moment quand on y pense deux secondes… Mais ici en plus ils sont stupide, l’Ambiance du clip n’est pas dutout festive et donc ne glorifie aucunement la guerre et au contraire nous montre sa futilitée et notre méconseption du conflit. Ceux qui n’on pas comprit ne survivront pas …

One Trackback

  1. [...] s’assurer de livrer leur texte à temps ou, mieux encore, avant les autres – et d’autres, dont l’ineffable Laurent K. Blais, se sont déjà frotté au sujet avec brio, mais bon, à en juger tout le fiel suscité par [...]

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