«Body High» de Lucki Eck$, un audioguide naïf de la guerre de Chicago (tlchrgmnt)

11 Août 2014 / par

Sortait jeudi dernier la suite de ce qui est absoludéfinitivement le contenu musical le plus joué par votre humble serviteur dans les derniers 8 mois. Sur Alternative trap, Lucki, à peine 17 ans, décrivait avec candeur et naïveté son quotidien de survivant en zone de guerre, au beau milieu des USA. Au lieu d’en faire un récit terrifiant, et d’essayer de convaincre un auditeur imaginaire de sa force (de caractère/de frappe), il faisait un récit simple et (presque) humble de ce que c’est d’habiter dans le sud de Chicago, en 2014.

Avec «Body High», on le retrouve avec une année de traumatismes de plus, et avec autant de naïveté en moins. Il ne cache pas sa dépendance aux anti-dépresseurs, rendu plus aiguë par la découverte de la déception amoureuse et la pression grandissante de devenir «un adulte», avec ce que ça sous-entend d’interrogations, du passé à laisser derrière et de doutes sur son «avenir». Aucune mention de son succès critique ni de traces de ses collaborations avec des artistes de premier plan (King Krule, Wiki de Rat King, FKA Twigs). Vous l’aurez compris, ce n’est pas un album très estival. Ceci dit, pas plus ou moins qu’un livre sur la Guerre de 100 ans ou le conflit israélo-palestinien, dont il s’est écoulé quelques exemplaires depuis juin, si j’ai bien interprété les présentoirs de librairies.

Écrit sans filtre, avec de nombreux rappels au ici et au maintenant (voir le PS1), «Body High» s’écoute comme un journal intime. Un livre audio sur un conflit moderne à la fois personnel et méta-politique-économique-racial. Un récit micro qui permet de saisir l’insaisissable complexité du pays d’en bas. Narré d’une voix doucereuse et erratique, sur des mélodies qui s’apparentent à des berceuses, la violence n’est perceptible que s’y on s’y arrête, comme ces dessins d’enfants habitant un pays en guerre.  Je ne sais pas si le «rap naïf» est déjà un #hashtag, mais Lucki en serait.

PS1: À la fin de «4th commandment broken», Lucki, visiblement dans les vapes, essaie d’expliquer une de ses lignes qui fait référence à «une publicité de film» avec «a old nigga, who’s everyone grandpa» et «Angelina Jolie». C’est grâce à un souper avec des amis que j’ai finalement compris qu’il parlait de Lucy, le plus récent de Luc Besson avec Scarlett Johansson et Morgan Freeman. Il faut quand reconnaître que le rap est un média fabuleux, qui permet de sortir un disque faisant référence à un film alors qu’il est encore à l’affiche.

PS 2: Sortait aujourd’hui une collabo entre Eck$ et Danny Brown

Liste de pistes

1. “4th Commandment” prod. Vela Seff
2. “Told Me” prod. Vela Seff //
3. “197 Trap Talk” prod. Plu2o Nash //
4. “Finesse” prod. SKYWLKR //
5. “Crime Pays” prod. Plu2o Nash //
6. “Witch Craft” prod. Plu2o Nash //
7. “Reflections” prod. Vela Seg //
8. “Can’t Blame You” prod. Plu2o Nash //
9. “Xan Cage” prod. Mulatto Beats //
10. “Slow Down” prod. Nuri //
11. “Hidden Place” prod. Keef Brain //
12. “Count On Me” 3 prod. Hytman //

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