Charles Hamilton et les sirènes (profil)

28 Avril 2015 / par

Rien ne fait plus plaisir que de voir des bons gagner. Peu importe le chemin qu’ils finissent par emprunter.

L’année 2008 de Charles Hamilton a été inoubliable. Des mixtapes lâchées en série, attirant de nouveaux fans à chaque nouvelle sortie. Bien que sampleur innovateur et auteur débrouillard, il est aussi principalement connu pour ses improvisations extraordinaires. Il hypnotisait n’importe qui par sa facilité à remplir des minutes et des minutes de blagues, de pointes vers les pontifes de la culture populaire, de commentaires auto-dérisoires et de paraboles. Son aura était telle qu’on lui pardonnait ses t-shirts portés par-dessus une chemise, ses écouteurs Skull Candy roses démesurés et sa fascination pour Sonic The Hedgehog.

Il va frapper l’or avec «Brooklyn Girls», en misant intelligemment sur l’orgueil des New Yorkaises. La chanson est un hit et on imagine que certains A&R jubilent en imaginant leur bonus de fin d’année. Mais pour Hamilton, ce sera le point culminant de son ascension, et le départ de sa cruelle chute.

Les premières différences de visions entre lui et son label, Interscope, commencent à apparaître, notamment sur la manière de profiter du buzz de «Brooklyn Girls». Eux la veulent sur une mixtape, lui leur dit que ça ne cadre pas dans le contexte de sa vision dudit projet musical. Puis vient la rengaine trop connue des rappeurs qui tentent de transposer leur «buzz» dans la réalité d’un major: annonces confuses de dates de sorties, reports systématiques, changements de noms de projets, EP annonciateurs de rien du tout et «debut album» qui sortent finalement gratuitement sur le web. Un hommage mal avisé à J Dilla, qu’il annonce comme «producteur exécutif» de son album, même s’il est mort depuis trois ans, le fait mal paraître. Hamilton et finalement lâché par sa maison de disque en septembre 2009.

Cet échec n’arrête en rien sa productivité, mais son auditoire dégringole. Il lâche d’un coup 6 mixtapes en juillet 2010, dans l’indifférence la plus totale. Il disparaît des médias sociaux. On n’évoque plus son nom que pour en rire ou en exemple à ne pas suivre. Les seuls moment d’attention qu’il obtient son quand il se fait jabber par sa blonde pendant un battle, quand il a l’air d’un junkie en dérive, quand il se fait interner (volontairement) dans un hôpital psychiatrique, quand il est confiné à une chaise roulante, quand il punch un policier. Avec comme toute information ces bribes équivoques, toutes les suppositions sont faites. Surtout les pires en fait.

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À la surprise générale (la mienne en tous cas), CH ré-émerge sur Twitter et Instagram en janvier 2015. Si c’est aux femmes de Brooklyn qu’il doit le début de ses déboires, ce sont des sirènes du Commonwealth qui le sortent des eaux troubles qui sont devenues son quotidien. Par le truchement de Turn First, l’équipe de management/label de Rita Ora et de Iggy Azalea il sort «NY Raining», produit par The Invisible Men (machine de composition et d’écriture de hits) et profite des cordes vocales de Ora.

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Il la joue pour la première fois devant Terrence Howard (aka Lucious Lyon) et 15 millions de téléspectateurs lors du dernier épisode de la première saison d’«Empire». En une chanson bien formatée et bien placée, il est de retour dans le paysage médiatique. Ce n’est pas exactement le genre de rap qui m’excite, mais ça vaut autant, sinon mieux, que ce que J.Cole fait. Il est plus rigolo, plus habile avec les rimes et surtout moins «parfait» que le poster boy soporifique du rap «conscient» nouvelle vague. De passage à Tim Westwood cette semaine, ces 15 minutes de freestyle effrénées prouve que les années, les drogues et les mésaventures de ses années de bi-polarité non-médicamentée n’ont en rien émoussé son talent. On peut débattre du parcours quasi-cliché de l’artiste avec une vision qui succombe aux avances et aux compromis prévisibles de l’industrie sale du show business, mais on pourrait difficilement blâmer l’individu de convertir son talent en pesos plutôt que de schemer pour des roches blanches et de la liqueur de malt. Le monde est assurément un meilleur endroit où vivre avec un Charles Hamilton qui chante, même si ce n’est pas tout à fait ce qu’on voudrait entendre de lui.

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