Chris Crack et Tree, la collaboration symbiotique pour dominer la jungle. (profil)

11 Juin 2014 / par

La vitalité unique de la scène rap de Chicago tient à l’hétérogénéité des spécimens qui en émanent. Et comme n’importe quel biologiste vous le dira, c’est la biodiversité de l’écosystème qui fait sa force et son intérêt.

Bien sûr, de tout temps, les scènes rap «dominantes» n’ont jamais été des monocultures, mais l’influence qu’exerçait les filtres (médias, labels, A&R, promoteurs) circonscrivaient ce qui «faisaient» le son d’une ville.  L’avantage d’une scène explosant après la numérisation de l’industrie musicale, comme Chicago (ou Atlanta), c’est justement de ne plus avoir de garde-fous orientant dans certaine direction les flots créatifs des artistes. Certes, les Glory Boyz et plus récemment les tenants du Bop occupent une place importante dans l’imaginaire qu’on se fait de Chi, mais Tree, Vic, Chance, Alex Wiley et Lucki offrent un contre-poids tout aussi «authentique» de la ville au vent, bien qu’ils oeuvrent dans des sphères complètement à part du #drill.

Chris Crack est à ajouter à la liste. Bien qu’il ait rencontré son acolyte Cutta à l’école secondaire, c’est en 2009 que sa carrière va prendre un tournant majeur: Le jeune rappeur va s’approcher du groupe Project Mayhem, et va connecter particulièrement avec un des leurs, MC TREE G. Si le collectif vit désormais essentiellement dans les souvenirs des heads de Chicago, la carrière de Tree, elle, va connaître une ascension spectaculaire, basée sur un vrai talent et une voix/voie propre.

Bref, Chris va vivre de près le cheminement de son mentor, de la parution de  The Third Floor en 2010 jusqu’aux deux «Sunday School», qui vont le mettre à l’avant-plan à l’échelle nationale. Le jeune rappeur va même devenir son hypeman pendant les spectacles. Jusqu’ici, c’est l’histoire mille fois racontée du rappeur qui décolle et qui emmène son entourage dans son orbite. La différence, c’est que pendant tout ce temps, Chris Crack fait son chemin, avec son New Deal Crew, et va commencer à lâcher successivement des projets personnels avec Cutta (qui prête aussi sa voix) et TMTHY TRTL (i.e. l’excellente tape You are not the monster de Turtle, qui devrait plaire aux fans du juke à la Teklife). D’abord DOPE, en mars 2012, puis  Kitchen in the bassment exactement un an plus tard. C’est le premier volet de sa série de EP FreeSwag qui va le distancer du paquet de rappeurs génériques qui hantent internet. Le deuxième va être encore meilleur, et c’est à cause du troisième, sorti début mai et enregistré strictement sur des beats de Tree, qui va en faire un des artistes en proie à exploser en 2014.

On se demande bien à qui n’irait pas bien le «soul trap» de Tree, mais force est d’avouer que Crack se moule parfaitement à la frénésie de hi-hats et aux échantillons torturés qui ont fait la spécialité du producteur. On a aussi l’impression qu’il y a un peu de l’empreinte du vétéran dans la désinvolture de Chris Crack et la structure atypique que prennent les 8 morceaux (il y a une chanson cachée à la fin de Way Fast Pimpin’) du EP. On a souvent parlé ici de l’osmose qui se crée entre rappeurs qui se côtoient et la difficulté de concevoir les approches stylistiques du rap en termes strictement individuels. Cependant ici, la nature de la relation semble encore plus profonde.

À la manière de ces espèces animales qui ont développé des collaborations symbiotiques pour améliorer leurs chances de survie, les deux artistes semblent avoir trouvé l’un dans l’autre une façon de s’élever dans la chaîne alimentaire du rap. En entrevue avec Noisey, Tree, lucide, posait très clairement les lignes de leur plan d’attaque:

Because I’ll tell you this: I’m 30. The two most popular people in my city are 17 and 18. Last year I put out SundaySchool 1, and all year they talked about me and Chief Keef. All year. Then, this year I put Sunday School 2. They talk about me and Chance all day. These kids are 18. There’s tens of thousands of people in Chicago that rap. There’s a new one born every 20 minutes. Every year, I come second to some 17-year-old, 18-year-old. Is it because their project is better than mine? I want to say no. I want to say that the popularity contest bleeds over into other sectors. But what I will say that is statement and fact, what I will state emphatically, is next year I will put out another project, [and] it’ll be number two to the new 17-year-old. So what I’ve done is I’ve taken the approach where, okay, I’m going to develop this next 17-year-old, and I’m going to make them make a dope-ass project, and then we’ll put it out. They’ll be number one, and I’ll be number two, and I’ll say “I produced that whole project.” It is what it is.

Mais bon, qu’il blow up ou pas au niveau de Cozart ou de Bennet, qu’il ait un remix avec Nicki Minaj ou Bieber d’ici 2015, on s’en fout un peu. L’enseignement le plus crucial qu’il doit retirer de Tree, toujours indépendant et grand sceptique de l’état de l’industrie du disque, c’est qu’il vaut mieux prendre son temps, bien faire les choses, et parfois prendre le chemin qui a l’air le plus difficile.



 

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