Entrevue: Feuilles & Racines

12 Janvier 2012 / par
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La «zone franche» est un territoire qui, s’il est bel est bien situé «quelque part», n’appartient à aucune juridiction et où on peut y décréter les règles qu’on veut. Une parenthèse, sans limite et sans lien avec les territoires connexes. Tristement, ce sont les investisseurs véreux qui ont popularisés le concept en abusant les travailleurs d’Amérique centrale et du Sud.

À l’échelle du rap québécois, le secteur du quartier St-Jean-Baptiste, dans la Haute-Ville de Québec, semble bel et bien constitué un espace unique, avec ses propres règles et son propre sens, complètement détaché du reste du «rap québécois».

Les 2 Toms et Accrophone ont préparé le terrain. Movèzerbes a été la première fleur à éclore de ce jardin un peu spécial. Puis est venu Alaclair Ensemble et Karim Ouellet. Des projets qui ont secoué les oreilles, pas tant par un désir volontaire d’être étrange ou de «faire l’original», mais bien parce que l’atypisme de ces deux démarches est complet, cohérent, et semble fonctionner selon ses propres règles et lois.

Feuilles et racines vient du même terreau.

«D’abord, on habite tous dans le même quartier qu’eux [la grande famille Movèzerbes/Alaclair], puis c’est du son qu’ont a tous écouté, et qu’on respecte», explique Malik Royer, rappeur et réalisateur de deux des clips de Feuilles et Racines (dont le spectaculaire Sexe et chandelle ci-haut). Christophe Lefrançois précise : «Cette influence là se sent aussi parce que concrètement, on a travaillé avec Claude Bégin (un des quarts-arrière des projets sus-mentionnés) sur Microclimat».

Feuilles et racines est un crew, un nom porté par une douzaine de personnes qui évoluent autant dans la musique, les arts visuels, la vidéo. Ainsi Microclimat, l’excellente première sortie du groupe, ne serait que la cime d’un arbre feuillu et ramifié.

«On est conscient que Microclimat c’est un début, c’est rien bref. On est content de la critique, mais ce qui s’en vient ne se compare même pas», prophétise Lefrançois. «On est des mégalomanes finis, et on rêve d’aller là où personne n’a été», ira-t-il jusqu’à rajouter.

C’est un discours qui contraste avec Microclimat, un album plein de doutes, de subtilités, de gêne. Un disque qui se veut le prolongement d’une des activités principales au sein du crew : la discussion réflexive. «On se rejoint tous dans une conception existentialiste de la vie. Dans la perception de l’absurdité dans l’existence. L’espèce de sens à trouver, particulièrement dans la vie citadine», confient-ils d’une même voix.

Inconsciemment, puisqu’ils n’avouent ne pas connaître Lil’B et le #based rap, les membres de F&R rejoignent également un courant contemporain d’un rap «néo-âgiste» qui met de l’avant la naïveté, le positivisme, une écriture abondante, quasi-automatique et conceptuelle.

Cette volonté à voir les choses du bon oeil n’est cependant pas niaise ou ignorante (au sens propre) : c’est plutôt une posture philosophique et esthétique. Mathias Gagnon, membre du groupe qui a la particularité d’être en chaise roulante suite à un accident, incarne parfaitement cette position dans Eaux cristallines :

«Tu peux t’asseoir si t’es du genre à avoir pitié/Faut que je mette un tube dans mon urètre pour pouvoir pisser/Mais c’est ma vie men/Chu obligé».

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***

Le prochain projet comptera trois volets, nous promettant : 1)un disque instrumental, 2) un autre «rap progressif, fucké un peu» et 3) un album des Ombudsmans (un sous-groupe de F&R), qui promet d’être plus enraciné dans la tradition rap.

Évidemment, la question jaillit d’elle-même : est-ce une inspiration du dernier exercice d’Alaclair Ensemble, également triple ? «Non, c’est un pur hasard. On ne s’en était pas parlé. Pis quand on a vu qu’ils avaient sorti ça, on a dit « Ah les enfoirés!».

Cette triple offrande devrait voir le jour «avant la prochaine équinoxe» (pour les moins astronomes de nos lecteurs : le printemps). Mais d’ici là, F&R seront sur la scène du Cercle de Québec le 23 janvier pour une prestation filmée pour Bande à part, puis à la même salle le 27, avec Webster. Les Montréalais pourront quant à eux les voir évoluer pendant le concours des Francouvertes, qui commence en février.

 

Un Commentaire

  1. Guindon says:

    Je sais pas qui fait les Francos cette année, mais je sais que F&R vont gagner!

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