FOU: WU6A — Protège Ta Nuque

9 Janvier 2012 / par

Hommage au Wu-Tang Clan par nous autres et le K6A

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Refaire «plan par plan» le 1er vidéoclip de Wu-Tang est un projet qu’on avait en tête depuis 2-3 ans. Proteck Ya Neck est sorti en 1992 en tant que premier single du groupe et c’est la chanson qui nous a fait découvrir l’univers de RZA et sa bande. Vingt ans plus tard je considère Wu-Tang comme un groupe culte au même titre que les Beatles.

En se lançant dans le projet avec le crew K6A, on n’avait pas idée de la charge de travail que ça nécessiterait. Trouver des lieux similaires, refaire les mouvements de caméra ultra ghetto, reproduire les chorégraphies des rappers, l’habillement, etc. Du parc Bellerive à un building désaffecté de St-Henri, cet hommage aura nécessité une trentaine de personnes, 31 heures de travail étalé sur 2 jours, 29 grammes de weed et une vingtaine de figurants.

Voici la version des deux clips côte à côte :

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Producteur: Frédéric Guindon & Baz
Support à la production : 33MAG & 10kilos.us
Réalisateur/Concepteur: Baz
Directeur Photo: Jean-Philippe Bernier
Assistant réalisateur : OG
2e assistant réalisateur : Laurent K. Blais
Directrice de production: Emily-Jade Charland
Directeur artistique: Sebastien Landry
Monteur : OG
Chef Électro/machino: Caroline Émond
Effets visuels : Vincent Ephek
Typographie: JF Dumais

JOUR 1 / DAY 1

*PAT = Prêt À Tourner

JOUR 2 / DAY 2

L’original :

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Puis les versions VIMEO et 33MAG :

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32 Commentaires

  1. aesk47 says:

    Comment on dit “game changer” en français? Ah oui, GAME CHANGER! Tabarnack…

  2. Gui says:

    Beau travail de reperage !!

  3. Vous êtes des malades mentaux. Travail de moine. C’est quoi qu’il dit le dude ? : j’me commande un gros plat de viande avec du riz pis de la sauce au canard à l’orange ??? CALVAIRE ? C’est qui qui est en train de faire un ACV ? Lui ou moi ? Beau travail pour vrai !! Maintenant, reposez vous, jouez un peu avec votre pénis, vous le méritez bien !!

  4. OG MCC says:

    Beaucoup trop fou…big props et ultime jalousie.

  5. Guindon says:

    Yo, vous êtes wack les gars. Pendant le verse de P-Dox y’a pas de nuages dans le ciel tandis que Inspektah Deck en a lui, des nuages.

    Oups.

    Je suis le producteur de ce clip. Ma yeule…

  6. Fred Fortin says:

    Criss de belle job les gars , good idea! Ça botte des cul!!!!!!

  7. Guillaume says:

    Alors qu’à la belle époque Wu-Tang était boycotté par de nombreux journalistes parce que Master Killa en avait violenté un, les hipsters les imitent aujourd’hui en prenant soin de graffiter 33mag. C’est pathétique à mourir de voir des gens capables utiliser tout leur talent pour faire semblant de connaître un monde qui n’est pas le leur pendant qu’ils refusent de faire les efforts nécessaires à l’expression consciente de ce qui les entoure.

    • Baz says:

      Salut Guillaume, je tiens seulement à préciser qu’au grand jamais je n’ai eu l’audace de refuser de faire les efforts nécessaires à l’expression consciente de ce qui m’entoure.

      • Guillaume says:

        J’ai eu envie de rire de tes pubs d’Adidas, mais ce serait de mauvaise foi. Prends quand même au moins le temps de me donner deux ou trois exemples de ces fois où tu as fait les efforts nécessaires à l’expression consciente de ce qui t’entoure.

        • Guindon says:

          Moi, j’aimerais juste avoir 2-3 exemples, en général, d’ «efforts nécessaires à l’expression consciente de ce qui nous entoure», pour pouvoir après ça te donner des exemples de 2-3 fois où nous avons fait les «efforts nécessaires à l’expression consciente de ce qui nous entoure».

          • Guillaume says:

            Guindon, il y en a des millions d’exemples. L’histoire du hop-hop en est rempli, tu le sais bien. 36 Chambers, Death Certificate, Amerikkka’s Most Wanted, Straight Outta Compton, 3x Plus Efficace, Ombre est lumière, etc. La vie ti neg serait un exemple d’un bon rap montréalais. ET même là, ces oeuvres ne sont pas exemptes de critiques non plus. Mais bon, ces efforts, on les retrouve dans tous les domaines, dans tous les genres, dans toutes les formes d’art, que ce soit de l’Art supérieur ou de l’art populaire, que ce soit en science, en philosophie, en politique et même en critique d’art. Jeff Chang et Hugues Bazin ont produit des trucs cool sur le hip-hop qui les entourait. Je sais que je suis sévère en exigeant des productions culturelles de ce niveau de qualité. La critique est encore plus sévère sur le blog d’Urbania. Mais lis entre les lignes. En exigeant cela, c’est bien une reconnaissance de votre potentiel que je vous accorde.

  8. Guindon says:

    En réponse à Guillaume:

    C’est toujours pas plus clair.

    Tous tes exemples datent d’avant 1994. (sauf La vie ti-nèg).

    Y a-t-il quelque chose de récent qui s’inscrirait dans “l’expression consciente de ce qui nous entoure”?

    Pour moi, tout ce qu’il y a là: http://www.guindon.org/projets, ce sont des “expressions conscientes de ce qui m’entoure”.

    Et puisque le 3/4 de ces choses ont été faites avec Baz, c’est bon pour lui aussi.

    Peut-être que c’est juste une question de goût. Peut-être que tu n’aimes juste pas ce qu’on fait et que tu cherches des “principes supérieur” pour expliquer cela. T’es-tu déjà demandé pourquoi tu préférais le bleu au vert? La pizza au spaghetti? C’est la même chose… Il n’y a pas de raison.

    Tous ces projets que l’on fait (bénévolement, pour la plupart), on les fait avec passion et amour pour ce qui nous entoure. Et on est pas mal plus “drivés” par le plaisir de le faire (au tournage, en montage, en pré-prod) que par l’argent, la célébrité ou les clics sur internet.

    On a fait un exercice de style sous forme d’hommage à collectif important qui a changé nos vies dans le temps, avec un collectif du présent qui influence positivement nos vies.

    Man, tout ça est tellement que du positif.

    Sois #basé s’il-te-plait et arrête de chercher des bébittes là où il n’y en a pas…

  9. lkb says:

    Je me permet de recopier ici des commentaires qui sont apparus suite à un texte sur Urbania. (http://urbania.ca/blog/2683/premiere-tendance-de-2012-le-recyclage). On va poursuivre le débat sur notre plateforme à nous. Quand même…

    David Simard dit:
    Sur le fond, Guillaume affirme que vous êtes des copieurs qui n’y comprennent rien à rien. La puérilité d’un tel exercice de style où la technique se superpose à l’histoire d’un groupe fétiche sert à mousser la réputation des piètres continuateurs. Le clip lui-même est assez minable, et sa reproduction ne comportait que des défis minimes, relatifs essentiellement au temps de travail pour répéter au rasoir les simagrés des maîtres. Les véritables artistes sont allergiques à la redondance. Wu-Tang, oui, des singes, non.

    Guillaume dit:
    Il n’y a rien de plus intégré au système que votre amour du Wu-Tang Clan. De votre hommage, on ne ressent pas une seule seconde la violence des ghettos américains qui est pourtant l’authentique moteur de l’art chez Wu-Tang. Au contraire, on n’y voit que de jeunes gens bien intentionnés qui, soupçonnant l’existence d’un aspect épanouissant dans la «création» culturelle, ne font en bout de ligne qu’améliorer leurs compétences professionnelles, d’ailleurs en vogue au sein de l’économie du savoir.

    Je suis parfois impressionné par la qualité – je devrais dire par le professionnalisme – de plusieurs produits culturels des hipsters québécois. N’empêche. Ça prend plus que du professionnalisme pour renverser le cours des choses, pour faire de l’Art ou, plus simplement, pour rendre hommage à Wu-Tang. Je ne perçois dans la majeure partie de vos productions et, en particulier, dans ce clip que des résidus d’une industrie culturelle fière de la culture de ses hipsters, fière de se revendiquer de l’histoire de l’Art et même du hip-hop le plus sincère et subversif.

    **********
    La lourdeur et la désuétude des théoriciens et visions de l’«Art» (avec un grand A, évidemment) que vous mobilisez est affligeante. Adorno, Horkeimer et Debord sont morts, mais leur vieux schèmes dogmatiques continuent à trouver des hôtes de nos jours. Qu’on les étudient pour les mettre en perspective ou parler d’une époque va, que des individus réputés intelligents puissent endosser sérieusement leurs idées à une époque où tout dit le contraire, ça relève de la schizophrénie. Ou de l’idiotie camouflée derrière un diplôme. Pas besoin de connaître l’histoire de l’art pour le voir: n’importe qui utilise sérieusement l’expression «produits culturels des hipsters québécois» n’a de toute évidence pas peur d’étaler sa caducité.

    Pour vous, il semble que l’«Art» ne puissent naître que de l’effort d’un génie isolé dont l’objectif est de briser les paradigmes de son époque, tout en se gardant évidemment de trop la connaître, puisqu’il pourrait être ainsi infecté de la «médiocrité» des gens qui forment sa «société». Non seulement ça: le vrai artiste n’entrera jamais dans l’horrible jeu des tractactions d’offres et de demandes inhérentes au sale «marché». Au mieux il sera rentier, au pire il mourra pauvre.

    Vraiment: après Pollock, Picasso, Miro, vous osez faire des liens entre la difficulté de (re)production d’une oeuvre et sa valeur ? Même le plus con des péquenots sait qu’il doit se retenir de dire en public «Voyons chéri, moi aussi je peux être millionnaire: c’est des barbeaux sur des toiles !».

    Et la redondance et la primauté de la technique, parlons-en: Après Warhol et Gregg «Girl Talk» Gillis, vous pensez sérieusement encore que si quelque chose n’est pas né d’une «inspiration isolée» (aussi idéalisé qu’impossible à atteindre), c’est de la copie? C’est «juste des cannes de soupes», ou «de la musique volée des autres».

    C’est, au vu de nos recherches, la première fois qu’une reproduction intégrale d’un clip a été tenté et réussi. On peut se tromper, ne pas avoir tout vu. Mais c’est fait de bonne foi, je vous le jure, avec l’idée de «créer» quelque chose, oui. De toute façon: tout a déjà été fait, mais pas par nous.

    Et les liens entre art et marché: Après Banksy, Obey et le rap américain, vous êtes sérieusement prêt à défendre qu’aucune cohabitation n’est possible entre création artistique et stratégie de mise en marché? Qu’il est encore pertinent de nos jours (ou possible) d’imaginer une ligne entre art et industrie? Et que surtout, les 2 s’excluent mutuellement. Impossible donc de voir de la valeur artistique dans un vidéoclip ? Ou dans un film, dès l’instant où il génère 1 dollar? Ou dans une chanson que vous avez achetée?

    Dans le cas de ce vidéo, nous avions effectivement un mandat de créer un produit promotionnel pour attirer l’attention sur le K6A qui va éventuellement sortir un disque. Si ça peut rendre la démarche plus crédible à vos yeux: personne n’a été payé. Nous distribuons le résultat gratuitement. Et nous n’avons subi aucune limitation créative par une entité de «l’industrie culturelle».

    Quand aux facteurs «d’authenticité» que devraient posséder une chanson ou un artiste rap pour être valide (venir de certains lieux bien précis, être contre le «système», se tenir dans une gamme définie de référents musicaux, etc.), j’ai déboulonné sur 120 pages ce mythe contre-productif et incroyabablement réducteur. (document disponible sous mon nom, dans la barre de droite du site).

    Ça relèverait du sophisme que de dire que, malgré tout vous avez le droit de ne pas aimer. Mais c’est vrai. Des gens ont démoli le clip sur Youtube. Des gens beaucoup moins instruits que vous (si je me fie au langage utilisé). Ils ont raison de penser qu’on a scrappé certains verses, et qu’il est peut-être trop tôt pour se réapproprier un monument pareil. Quant à vos arguments, aussi bien emballés soient-ils, ils demeurent inférieurs à ces gribouillis de commentateurs youtube.

    • osti one says:

      Holy shit, hide the kids, a mighty Wall Of Text has been erected!

      Too much education required, got drunk and ate ribs instead.

    • Guillaume says:

      LKB, tu as le mérite d’avoir ouvert le débat sur des enjeux essentiels. Tu as par contre la faiblesse d’avoir supposé, à partir de courts messages, un nombre impressionnant d’opinions que je défendrais alors que la réalité est toute autre.

      J’imagine que le cœur de notre désaccord est celui-ci : peut-on transformer l’art en marchandise sans procéder à une perte de contenu? La réponse me semble pourtant évidente. L’art est émancipateur en tant qu’activité qui se pratique selon sa propre logique, à l’extérieur des mécanismes sociaux réducteurs. Le système actuel, lui, récupère tout, même l’art qui avait été si difficilement récupérable jusqu’à maintenant. Est-ce une raison de tomber dans le piège et, en reprenant les mots de Hannah Arendt, de «modifier le matériau pour qu’il devienne loisir et de le préparer pour qu’il soit facile à consommer»? Je pense que tu es capable de répondre à cette question. Pourtant, tu t’efforces à croire que la publicité – exemple extrême de l’expression qui se doit d’être facile à consommer – que tu fais pour K6A constitue une forme d’art.

      Le problème est encore plus clair au sein de l’art engagé, celui qui prétend pouvoir changer le monde. Je suis le premier à reconnaître l’importance de la culture au sein de la politique, dans un monde où les produits culturels occupent les travailleurs à l’extérieur de leur job, quand ils ne constituent pas même le centre du travail lui-même. Faire de la politique, c’est dans une première étape participer à la guerre des idées sur la scène publique. Cependant, cela ne peut que constituer une étape. En dernière analyse, ce ne sont pas les symboles qui font le monde.

      Banksy et Obey ont beau valoir des millions, ils ne font pas de politique réelle, contrairement à leurs prétentions. Ils sont l’incarnation de la société du spectacle – oh! scandale! j’utilise un concept qui date de plus de 40 ans! oups! les concepts de politique et d’art datent d’encore plus longtemps! – dans laquelle seule la représentation compte. Si on prend Banksy et Obey en exemple, le nihiliste Francesco Masci a plus que raison d’écrire que «la politisation de l’art n’est possible que sous sa forme parodique ou innocente, que ce n’est qu’un déguisement, l’adéquation du décor où évolue le sujet que d’autres événements font vivre.» Il existe une foule d’artistes qui ne font pas de politique, mais qui, bien mieux que les capitalistes d’Obey, font évoluer la société grâce à un art presque indépendant. Et d’ailleurs, ces artistes sont bien moins quétaines et prévisibles que le trois quart des œuvres de Banksy.

      Bon. Reprenons. Le but de l’art n’est pas briser les paradigmes d’une époque comme tu supposes que je le crois; c’est de s’émanciper de ceux-ci, c’est d’évoluer le plus indépendamment de ceux-ci possible. Mais puisque l’art en devenant marchandise entretient la logique de récupération du système, je demeure convaincu qu’à l’heure de la primauté de la marchandise, on ne peut répondre que par la primauté de la politique. L’humanité ne vaincra ses démons que lorsqu’elle aura le plein contrôle de sa société, que lorsqu’elle aura enfin décidé de faire de la politique.

      C’est bien sur ce dernier point que tu es en désaccord avec Debord – qui lui était justement en désaccord avec Horkheimer et Adorno – parce que, sur d’autres points, tu as toi aussi commis l’irréparable : être en accord avec un auteur décédé. Bon. Réglons d’abord une chose. Quoi qu’il en dirait, Debord fut l’un des derniers génies isolés. Il n’en aura plus. Le flot d’informations à gérer, la quantité de tâches techniques à maîtriser placent l’avenir de toute production dans le travail d’équipe. C’est pourquoi je n’affirmerai jamais, contrairement à ce que tu supposes abusivement, que «l’Art ne peut naître que de l’effort d’un génie isolé». Mais si, toi, tu es d’accord avec Debord, c’est sur l’idée qu’il faille piller les œuvres du passé pour en faire de nouvelles. Mais ton détournement de simagrées est minable. Votre plagiat n’implique pas le progrès, contrairement à la thèse défendue par Lautréamont et reprise par Debord qui s’inspirait – un autre scandale! – de cet auteur décédé un siècle plus tôt. Votre plagiat n’est pas un hommage, c’est une régression de l’œuvre originale, et rien d’autre. Je ne nierai pas qu’il existe des chefs-d’œuvre qui ont plagié d’autres artistes. La Société du spectacle serait d’ailleurs un exemple de cela. Ça n’empêche pas qu’il existe de sérieuses limites à ce mode d’expression [voir note de fin], que trop souvent il est synonyme de paresse et que, pour créer, il faut en premier lieu être autre chose qu’un perroquet.

      Bon, voilà pour l’essentiel. Je vais tenter de répondre au reste rapidement.

      1- Suis-je caduque en parlant de hipsters? Écoute-moi bien. Dans toutes les villes riches d’Occident existe une nouvelle classe de travailleurs de la culture qui, sans tomber dans l’underground et le pur DYI, refuse la typique culture de masse. Ils connaissent l’histoire de l’art, voient leur salut dans la création culturelle et sont souvent influencés dans leur esthétique personnelle par les modes artistiques et underground des dernières décennies. Je sais bien que le mot hipster a une connotation péjorative, que cette connotation a été employée à de mauvaises fins par ceux-là même que je pourrais qualifier d’ennemis politiques, mais je n’ai pas l’intention d’inventer un mot pour décrire ce que j’ai devant moi.

      2- Que tu aies été payé pour faire cela n’est pas le point. D’ailleurs, les travailleurs de la culture, autonomes aux difficiles conditions de travail, doivent sans cesse se pratiquer bénévolement pour améliorer leur technique et leur street cred ou plutôt leur web cred. Voilà d’ailleurs un sujet qui mériterait d’être approfondi : vos conditions de travail, les moyens de les améliorer et les moyens d’échapper au désastre que provoquerait sur votre milieu une exacerbation de la crise économique.

      3- Tu réduits ma pensée au point de me comparer au «plus con des péquenots». Je remarque pendant ce temps qu’il te reste quelques croûtes à manger pour ne pas être le plus con des commentateurs. Je veux dire que même les plus ordinaires des journalistes (Joseph Heath et Andrew Potter) ont été capables d’écrire un livre sur les danger de la marchandisation de la contre-culture, chose que tu écartes beaucoup trop facilement du revers de la main. Ensuite, tu crois que je parle du pouvoir des institutions étatiques quand je vois l’influence de l’industrie culturelle dans votre production. As-tu vraiment besoin de lire Un art moyen de Bourdieu pour comprendre que, dans les années 1960, les gens prenaient tous les photos de la même façon sans avoir directement «subi une limitation créative par une entité de l’industrie culturelle»?

      4- Je n’ai jamais dit que le rap devait venir des ghettos ou être contre le système pour être authentique. Je ne suis même pas certain de mon opinion sur le sujet. Premièrement, j’ai parlé de hip-hop et je pense que tu es assez cultivé pour faire la différence entre le rap, style de musique, et le hip-hop, mouvement culturel. Deuxièmement, je suis convaincu que le meilleur rap dans l’histoire et celui qui a eu le plus d’impact social, est le fruit de la culture hip-hop. Troisièmement, on parle bel et bien d’un hommage à Wu-Tang, pas à Die Antwoord.

      5- Je ne sais pas si j’ai été assez clair dans le reste du message, mais je sais que tu es capable de mieux que de juxtaposer les théories irréconciliables d’Adorno et de Debord pour ensuite les jeter aux poubelles de l’histoire sous prétexte que les auteurs sont morts sans même avoir donné une preuve du caractère caduque de leurs théories. Socrate et Diogène m’influencent aussi, tu sauras. Et toi, il paraît que tu aimes ODB même s’il est mort.

      [Note de fin, renvoi à la critique du détournement plus haut]:

      «La culture aux mille visages s’étend partout sous des airs sans cesse nouveaux mais toujours empruntés, masquant les contextes historiques et culturels au sein desquels ils s’inscrivent. Nous n’y voyons qu’une image aplatie et insaisissable par sa superficialité, une image de laquelle on ne peut rien apprendre outre le message cru qu’elle véhicule, sinon peut-être avec quel logiciel elle a été réalisée et sur quel médium elle fut imprimée La technique du détournement a dégénéré dans la forme réifiée du collage où l’on superpose différentes parties d’un passé rendu anhistorique par sa perpétuelle actualisation formelle. En effaçant le sentiment de profondeur par l’update constant des idées d’hier, le détournement se limite lui-même au terrain toujours rapetissant de la pensée historique cultivée hors duquel il devient une forme de communication immanente et a-temporelle comme une autre.»

      • BAZ says:

        Mes 2 cennes :

        Je tiens à préciser quelques trucs pour Guillaume Beauvais (et pour David).

        Mes amis et moi faisons des choses. Nous somme plusieurs à avoir décidés de vivre à notre propre compte pour concevoir des vidéos, photos, reportages, actions loufoques ou de la musique.

        La plupart du temps, on le fait gratuitement parce qu’on aime ça. Parfois pour nous, parfois pour d’autres.

        On aime avoir des idées et les faire.

        On aime essayer et prendre des risques.

        On aime rire et avoir du plaisir.

        On aime bien que ce qu’on fait soit vu, lu et c’est encore mieux quand les gens apprécient notre travail.

        C’est aussi intéressant quand on suscite des débats.

        On ne prétend pas être des artistes ou quoi ce que ce soit. On en a rien à foutre d’être artiste, hipster ou rappeur. On fait. On est dans l’action qui amène la réflexion. Est-ce que c’est moins noble que l’inverse. Je ne crois pas. Ce n’est que le point de départ qui est différent.

        Mon cher Guillaume tu sembles construire tes arguments sur le simple fait qu’on ait reproduit le clip de Wu-Tang et que ce ne soit pas de l’art. Contrairement à ce que tu insinues, on a jamais prétendu une telle chose. Le débat sur l’art, c’est entièrement toi qui l’a créé de toute pièce (voir commentaires sur Urbania). Ce clip était pour nous un exercice, un stunt. Quelque chose qu’on trouvait intéressant et un peu ridicule (vu son esthétique aussi peu contrôlé et “ghetto”).

        Est-ce que ce clip est un hommage ou une disgrace. Il y en a plusieurs qui semble y voir un hommage et d’autres, comme toi, qui semblent offusqués. Libre à vous d’avoir votre opinion.

        Pour ma part, je vois en ce clip, un stunt bien fait qui fait sourire. Un clin d’oeil à un groupe (et clip) qui nous a tous marqué quand on avait 13 ans.

        Par contre, il ne faut pas résumer ce qu’on fait à ce clip. On n’a pas fait que ça.

        On fait des choses comme ça aussi : http://www.youtube.com/watch?v=FTS0bUEo42Q

        Ah et on fait parfois de la pub aussi. Ça nous arrive. C’est ce qui nous permet de gagner notre vie et de pouvoir passer plus de temps à faire des choses pour le plaisir par la suite. Ce n’est pas nouveau. Jean-Claude Lauzon et d’autres sont passés par la bien avant nous.

        On a pas la prétention d’être les nouveaux Marcel Duchamp et passer notre temps à questionner ce que l’on fait et pourquoi on le fait. On est au début de quelque chose. Les réflexions commencent à émerger. Pour l’instant, il est vrai qu’on aimerait bien penser que ce que l’on fait réussi à donner des émotions et pousse, en général, vers ce qu’on considère être la bonne direction.

        On a entre 24 et 33 ans et, qui sait, peut-être que dans plusieurs années, on regardera ce qu’on a fait et tout prendra son sens. La génération internet qui aura révolutionné l’art, sa valeur, le remix, notre culture, le divertissement et notre rapport à l’art pop VS l’art élitiste.

        On s’en reparle dans 20 ans les gars.

        Sur ce, whats up toi ? Ça va bien ?

        • Martin Lord says:

          À Laurent (LKB),

          Eh bien voilà qui est courtois. Je me range parmi les schizophrènes qui voient dans le cours actuel des choses la confirmation de ces vieux schèmes dogmatiques des précurseurs de la critique radicale de l’art. Lorsqu’on considère l’art comme digne d’avoir une histoire à elle-même, on peut trouver réducteur quiconque lui fait le mauvais traitement de plutôt l’étudier comme une catégorie historique. En effet, de ce point de vue astral, l’expression « produit culturel » et ce qui suivra sembleront assurément rupestres.

          Les rentiers pouvaient se permettre de faire de l’art, les pauvres en mourraient. Et c’est parce que tu ne t’identifies ni aux uns ni aux autres que le génie isolé comme le vulgaire te semblent réconciliables dans la joie d’une pratique artistique épurée de tout contenu social. Ce sont néanmoins des paradigmes qui n’ont pas changé, ils ont simplement survécu aux artistes.

          Le temps et les efforts nécessaires à la production d’une peinture incluent la démarche créative et sa dimension critique, pas seulement la technique, et c’est certain qu’à une époque où l’on range Pollock et Picasso en passant par Miró sur une même ligne, on ne reconnaîtra de valeur qu’à celle-ci en évitant soigneusement de parler d’autre chose : le péquenot sait qu’il s’agit de barbeaux, Pollock aussi. C’est l’essentiel de l’œuvre que tu n’arrives pas à saisir à coup de références. Picasso montrait encore un sujet.

          Et un autre sujet de retontir dans le Pop-art, seulement pas aussi étranger que le sujet extérieur des Hollandais, le sujet extérieur traité intérieurement de Manet, le sujet intérieur des peintres abstraits. Le sujet est fruit des rapports sociaux, la forme est tributaire de l’évolution des forces productives et les deux sont constamment en relation. Le mouvement néo-classique, par exemple, en contestant la monarchie, n’en peint pas moins les mêmes églises, les mêmes paysages que la bonne école, seulement il les agrémente du goût du jour (Empire). L’époque de Warhol est celle de la reproduction, ses œuvres témoignent de rapports entre les individus placés sous l’égide de la production industrielle excédentaire. Il tire un portrait fidèle de la marchandise, le portrait qu’elle désire dans un contexte compétitif (guerre froide). Oui, ce n’est qu’une canne de soupe, fragment de la production, qui a révélé que les artistes n’auraient plus à se soucier de produire autre chose.

          La paresse, c’est de rejeter des arguments du fait de leur poids. Affirmer que ces derniers sont dépassés demande approfondissements. Guillaume voit dans ton vidéoclip le même sujet qu’il voit chez Warhol et tu insistes sur la forme que tu lui as donnée. Alors traitons-en! Le vidéoclip est par nature reproductible. On peut le visionner tant que demeurent des archives. Ce n’est donc pas un grand exploit d’en avoir reproduit un. Mais justement, voudrait-on nous persuader du contraire que des changements ont été opérés au matériel brut. Oui oui, je n’y reconnais plus les membres du Wu-Tang Clan. C’est de notre époque d’interchanger les éléments si bien que tout semble avoir la même valeur. Pas surprenant que l’on veuille se débarrasser prestement de ceux qui rappellent Adorno, Horkheimer, Debord. Ce sont eux qui t’accusent aujourd’hui de précéder les « limitations créatives (d’) une entité de l’industrie culturelle », ce sont eux qui te traitent d’arriviste et non de simple copieur. Tu peux clamer sur tous les toits que c’est fait de bonne foi, que cela ne rapporte même pas la rétribution du lancement d’un album, tout le monde connaît ta motivation : te distinguer de la masse. Je ne reprocherai jamais à quiconque de vouloir faire de l’argent, nos conditions d’existence en dépendent, mais je n’encouragerai personne à croire ces conditions acceptables ou encore immuables pour autant.

          Les protêts que tu juges valides m’indiquent la véracité de mes propos. Tu reconnais qu’il est possible que certaines verses aient été scrappées (non mais tu t’adresses à qui? après avoir écrit un texte en étayant ton savoir et ta grammaire, tu scrap tes verses au moment où tu cherches appuis dans la plèbe?) et qu’il était peut-être trop tôt pour vous réapproprier un monument pareil.

          Non seulement tu refuses qu’il soit même possible que tu aies commis une erreur, conforté sans doute par une courte période d’essais-erreurs et quelques lectures à la mode qui t’auront rapporté vite fait quelques diplômes, mais tu ne tentes de réhabiliter que l’effort et la création associés à un tel pastiche (qui est soit dit en passant fort bien fait, mais qui aurait pu, non « dû » être mieux exploité) sans jamais en considérer le contenu. Et c’est bien là que le Wu-Tang et le regard qu’il portait sur le monde te diss.

          L’objectif de Wu-Tang – et ils ne s’en sont jamais caché, y compris dans la chanson que tu reprends – était d’abord de tirer des constats de l’expérience de ses membres par rapport aux enjeux politiques de leur temps et de leur environnement en procédant au refus et à la publicité de l’éducation critique. J’ai pris au sérieux cet enseignement à ma manière et en voilà le résultat. Maintenant, si tu considères que mon opinion est dérisoire face à celle de tes commentateurs YouTube qui n’ont ni le temps ni l’espace ou même l’intérêt de commenter tes efforts en vue d’en arriver à susciter chez toi des questionnements sur la compréhension de l’ensemble de la production artistique actuelle, eh bien choke on those ribs.

          Je vais peut-être, si je trouve le temps, lire tes 120 pages. Dis-toi que mes avis se distinguent de ceux du puriste habituel et que mes considérations, si je les juge pertinentes et applicables ailleurs, ne se matérialiseront pas sur un forum Internet.

          P.-S.: Dis à ton ami Fabien lors d’un party où vous socialiserez que notoriété et intransigeance peuvent aussi aller de pair.

          À Baz,

          Je préfère le ton de ton intervention. Tu ne t’improvises pas psychiatre, merci.

          Pour ma part, je crois qu’il serait préférable de voir cette suite d’échanges (qui a peut-être déraillé quelque part) plus comme une critique des fins que des moyens. J’avoue que l’idée de reprendre un vidéoclip et de ne pas faire dans le satyre ridicule de Fatal Bazooka est en soi honorable. C’est surtout le fait de ne pas en avoir actualisé le contenu par vos propres réflexions sur la politique qui m’a déçu. Vous auriez bien tort de penser que le résultat en aurait pâti ou pire, que le monde s’en serait moqué. Quoi qu’il en soit, vous avez le mérite d’être un groupe d’amis réunis dans le but de produire quelque chose, ce qui implique réflexion et expérimentation. J’espère que les débats qu’a inspirés le clip serviront dans cette voie-là et non dans la médisance complaisante des réunions de salon où les idées sont pourfendues confortablement et surtout sans réplique.

          Je suis familier avec quelques petites choses que vous avez déjà produites, mais je serai plus attentif à l’avenir. Et plus difficile aussi. Comme les occasions sont rares, il est important de prendre en considération l’opinion des gens qui nous la laissent savoir, aussi difficile cela puisse-t-il être.

        • Guillaume says:

          Tu dois avoir remarqué qu’on est aussi un groupe d’amis de 24 à 30 ans qui essayons, par nos projets, d’être dans la bonne direction. Une des thèses que j’ai défendues, en montrant les limites du détournement, c’est que les créateurs se doivent d’aller plus loin que l’esprit lipdub de notre époque, ce que vous avez échoué dans ce cas-ci.

          Oui, je vous appelle à faire de l’art et de la politique, oui je postule que telle est la bonne conduite simplement parce que seul un esprit de transcendance peut nous éviter les pièges des mécanismes sociaux réducteurs qui déterminent nécessairement nos actions à moins que tous les efforts ne soient faits pour en exploiter les contradictions.

          Internet, c’est l’accessibilité, la communication et l’amélioration de la technique de production, mais ça peut être aussi la pâle immédiateté et l’aplatissement des affects. Oui, on a une influence sur l’histoire et, dans 20 ans, on verra les conséquences de nos gestes d’aujourd’hui. Et rien ne nous assure que ce sera 20 ans de progrès pour l’humanité.

          Chers Montréalais que j’estime, qui avez capacités techniques, accès aux moyens de production culturels et peut-être même du talent, je vous invite à vous forcer et à aller plus loin dans votre travail.

  10. SBS Boys --1991 says:

    Si je comprends bien l’énoncé de Guillaume y faudrait que les gars qui ont fait le clip soient présentement en probation pour différents crimes, qu’ils restent dans le ghetto de Staten Island et que le FBI enquete sur leurs faits et gestes. J’ai une solution pour toi…écoute l’original pis ferme ta yeul bonhomme.

    P.S Je n’ai aucun lien avec les createurs de ce projet mais je crois que la démarche en soi mérite le respect (hipster ou non)

  11. PL says:

    Non, tu n’as pas compris l’énoncé de Guillaume, et dans ce cas tu es en mauvaise position pour dire à quiconque de fermer sa gueule ici. Par ailleurs, Staten Island est l’arrondissement de New-York, parmi les cinq, le plus calme et celui qui est constitué du plus haut pourcentage de Blancs (75%). Une autre information importante : l’âme de Wu-Tang, à savoir RZA, GZA et ODB, ne viennent pas de Staten Island, mais de Brooklyn, grosse différence.

  12. Le Gaucher says:

    Pour être bref, histoire que mon commentaire soit lu: Y a du monde qui analyse beaucoup trop. Est-possible le K6A ait fait ce clip sans arrières-pensées juste pour faire quelque chose qu’ils avaient vraiment envie de faire? N’est pas ça l’art? D’autant plus qu’ils font pas une cenne avec ça et aucune promotion médiatisée. Faut être franchement jaloux pour leur enlever une once de crédibilité.

    • Guillaume says:

      Bravo pour ta proposition de définition de l’art, mais si tu vas dans un karaoké, sans arrière pensée, juste pour faire quelque chose que tu as vraiment envie de faire, tu ne feras pas de l’art, même si tu reprends parfaitement la toune. Et si tu prétends faire de l’art, ne t’inquiète pas: ce ne sera pas par jalousie que je me moquerai de toi.

  13. jerated says:

    ca suce avec vos propos pseudo scientifiques, votre faux débat art par art…

    c’est du rap. de la musique drole de débiles faite par des débiles, qui est bon d’écouter, et regarder.
    le clip est bien fait (bravo a mes potos montrealais.) le concept est golri, hommage a Wu tang. boom on comprend ca va pas plus loin.

    guillaume, comme le dirais une fine plume de cette musique oh sa majesté hip hop culture et connaissance:
    “si tu kiff pas renoi, t’écoute pas et puis c’est tout!”

    si vous voulez écrire des panflets de politique, art sociologie mes couilles, c’est pas sur des threads de comments de blog de rap serieux… ecrivez des livres pour ca. ou laissez ca aux adultes chiants.
    vive le rap.

    • Guillaume says:

      Ton anti-intellectualisme prépubère, je n’en ai rien à cirer. Ma critique au départ était bien simple: ce clip ne rend pas hommage à Wu-Tang. C’est LKB qui a voulu rentrer dans un débat sur l’art, chose que je n’ai pas refusé.

  14. Louis-Thomas Leguerrier says:

    C’est épatant de voir les gars qui ont réalisé ce projet postuler leur totale absence de conscience de soi pour répondre à la critique de Guillaume. Nous on est dans l’action, on fait, et on réfléchira à ce que nos actions signifient dans 20 ans. Grosse nouvelle! Comme si on le savait pas déjà, que vous avez les pieds coulés dans l’immédiateté de votre petit life style comme dans du béton. Mais ça ne change rien au fait que votre pratique culturelle est médiatisée par des choses qui vous dépassent. C’est le rôle des gens qui pensent de prendre une distance par rapport à ce qui est «fait» et de dévoiler les mécanismes par lequel ce «faire» s’insère dans la totalité sociale. En vous abordant ainsi, Guillaume a eu l’audace de s’adresser à vous en tant que personnes potentiellement capable de prendre une telle distance, et ce parce qu’il refuse prendre les gens pour des cons. Que vous lui ayez donné tort est-il vraiment étonnant?

    «It only takes a lesson a day, just to analyse life one time with a respectable mind», disait Ghost. Même une fois pour vous ça à l’air trop, c’est triste.

  15. wow, vraiment impressionnant! good job guys!

  16. David Simard says:

    En réponse au commentaire de Fabien Loszach. http://voir.ca/fabien-loszach/2012/01/14/les-gardiens-du-temple-wu-tang-et-la-recuperation/

    Tu fais un piètre sociologue, Fabien. La bourgeoisie, ni toi ni moi n’en faisons partie. Nous sommes tous les deux des prolétaires, ne t’en déplaise. Et la différence entre nous réside précisément là, dans cette reconnaissance non partagée de nos origines. Ta méprise ici, ce transfert de classe magique si révélateur de tes intentions, a le mérite de pointer dans la bonne direction : ton projet de vie. Les producteurs de culture, pour atteindre leur objectif, se réifient. Ils s’identifient, pour ce faire, à cette catégorie qui contrôle le flux du cash, la seule qui puisse les aider. Ils doivent les séduire, ceux-là, à tout prix. Toi et tes amis, que j’amalgame à loisir dans une autre catégorie, celles des travailleurs de la culture en quête d’autonomie, eh bien, comment dire, vous défendez l’idéologie dominante pour y parvenir. Oui, oui, l’idéologie dominante. Maudit marxiste, diras-tu, toujours en train de dire qu’on n’est pas vraiment ce qu’on prétend être.

    Question première : est-ce que l’idéologie dominante, ça existe fo’real dude?

    C’est p’tit Montréal. Du moment qu’on s’en prend au travail d’un producteur en vue, ses amis arrivent à la rescousse et aboient pour protéger leur territoire. Des fois, ils profitent de leur tribune, tel un perchoir sur la masse, et écrivent un beau billet en moins de deux. La vitesse avec laquelle on s’exécute est une difficulté du débat aujourd’hui, mais la plus importante d’entre toutes les difficultés réside selon moi dans le fait que le marché est saturé et minuscule, et que, ce faisant, on s’haït et se jalouse beaucoup. Chaque situation est une occasion à saisir pour se mettre en valeur. Rares sont ceux qui abordent la question aussi franchement, tu m’excuseras, mais ton billet en est un excellent exemple. Certains m’accuseront de faire de même, inévitablement. C’est structurel ce comportement. L’hypocrisie corollaire à ce phénomène de compétition, lié à notre capacité d’adaptation, est ce qu’on appelle le professionnalisme, tu le sais bien, cette capacité qu’on a de cacher ses dents lorsqu’on rit des autres. Mais t’inquiète : ton mépris, on le renifle facilement en te lisant. La critique négative est pratiquement impossible dans ces conditions, et très rarement prise au sérieux. Défendre l’intégrité d’un collègue est, en pareilles circonstances, un geste de courtoisie minimale que se doivent d’exécuter “nos amis”. Au cas où une opportunité se présenterait, tu vois? Vous marchez en gang jusqu’à nouvel ordre, mais l’équilibre est fragile. Beaucoup tomberont au combat pour se tailler une place au soleil. La critique qui ne fait aucun compromis, celle qui refuse la réconciliation tranquille de l’art et de l’argent, du travail et de la liberté, eh bien celle-là n’a aucun espace public dans ce fameux débat démocratique, reprenant ici les termes issus de l’un de tes plus beaux élans de twittérature. Celui qui veut parler au public doit d’abord se conformer à toutes les exigences du libéralisme.

    Question deuxième, un classique : les classes existent-elles fo’real my nigga?

    La suite de cette tentative de débat est prévisible… entre le silence et la dérision s’immisce le mépris. On nous répète sans cesse qu’on a le droit d’avoir nos opinions, mais on dirait par contre qu’elles doivent pour avoir droit de cité être vidées de leur substance. Aucun argument ne sera toléré. T’aimes ou t’aimes pas ok!? Blessé par la critique parce que, veut veut pas, quoi qu’en dise Baz, on rêve tous d’être artiste. C’est l’écueil du travailleur de la culture que de courir pour survivre tout en faisant vivre ce rêve déchu et, renonçant à l’examen de sa pratique réifiée de force, rien de bon n’est à prévoir de son vivant.

    Petite anecdote. Lors de mon dernier passage chez Fabien, j’aperçus un tableau on ne peut plus hipster ornant un mur de son salon. Ce genre de tableau, vous voyez, aux couleurs pastel de l’arc-en-ciel avec, au centre, une tête de cervidé quelconque. Un peu écœuré, je lui demande alors pourquoi un tel objet décore son salon. Notre ami hipster avant la lettre, entrevoyant par ma question la suite de la discussion, me répond sèchement que son colocataire en est le producteur. Oui, j’étais intrigué, alors je lui demande s’il a commencé à peindre ce truc avant ou après la multiplication de cette esthétique désormais hyperconvenue et insipide. La réponse de Fabien, agacé il va sans dire, fut sans surprise : « Moi, je ne crache pas dans la soupe! »

    Si je raconte cette histoire tellement banale, mais vraie je vous assure, c’est qu’elle explicite parfaitement mon propos. La critique est pour ainsi dire enrayée par l’obligation de maintenir nos rapports sociaux, condition essentielle du succès dans un petit marché, et c’est particulièrement vrai pour le travailleur de la culture, réputé avoir 2000 amis sur Facebook. Au cas où. Même si Fabien semble se crisser carrément du jugement selon lequel la réplique est moins original que le produit premier, (car il n’y a pas de premier, rien de nouveau jamais) et davantage encore du fait que ce jugement soit un critère de la valeur d’une œuvre, cette soirée-là, il comprenait bien où je voulais en venir. Ce n’est pas de l’art; ce n’est pas fort. C’est beau, peut-être, mais c’est trop facile de faire le beau, tu en conviendras. Tout ça pour vous dire que je défends l’idée selon laquelle de vrais artistes ne se seraient pas gênés de dire le fond de leur pensée et pas juste des artistes, mais tous ceux et celles pour qui le respect conserve sa charge négative, son mouvement. Et ça tombe à point cette remarque, puisque la confrontation critique, qui n’a rien du mépris petit-bourgeois, s’inscrit à merveille dans la culture du hip-hop : diss.

    Attardons-nous à ton billet, Fabien. Tu commences par encenser tes amis. Ça foisonne fort dans la tête de ces gens-là nous assures-tu, citant au passage quelques exemples peu convaincants. Je laisse aux lecteurs le soin d’en juger par eux-mêmes. C’est comme du placement de produit, à l’image de l’avenir du journalisme de chroniqueurs. Ton analyse de l’art, fort lucide par ailleurs, tente de réconcilier l’original et la copie. Tu proposes donc de les renvoyer dos à dos comme Debord, que je paraphrase pour les besoins du présent texte, pour qui l’art n’est qu’une série de répétitions maquillées, démystifiant du coup toute la magie de l’acte créateur, préférant en cela ne voir que le travail productif lui-même et son résultat. Hommage ou récupération constituent des genres indépassables.

    Or, voilà que tes amis n’essaient même plus de maquiller quoi que ce soit. Ils copient, intégralement. C’est un peu, comment dire, la fin de la subjectivité. Car l’idée de copier n’est pas une grande idée, et par le fait même elle se transforme en pure technique. Si on admet que le commencement d’un travail est ce qui y a de plus important, le problème avec ce vidéoclip, c’est vraiment l’idée de départ. Elle a bloqué tout le processus de création au stade d’un stunt ridicule. Singez parfaitement, criaient les producteurs aux interprètes, nous en ferons autant derrière la caméra! Il s’agit une véritable répétition du passé, jokes homophobes comprises. Il s’agit là de la limite objective du détournement qui, ironiquement, s’est renversé sur lui-même au point de nier la subjectivité, de se répéter inlassablement, conséquence d’une société en perte d’historicité. Et j’évite ici l’emploi du terme radical, je me garde une petite gêne. En suivant ce raisonnement, on peut affirmer que le titre du vidéoclip annonce un combat perdu d’avance : il n’y a pas de combat, ni d’adversaires dignes de ce nom là-dedans. Cet hommage est vide et ses producteurs, qui n’ont d’autre prétention que d’être de parfaits hédonistes, même s’ils refusent de le reconnaître, capitulent d’office devant la critique. Raps, lols et autres amusements, disaient-ils. Ce jugement qui, effectivement, repose sur une analyse de classe, une classe en mouvement depuis que nous sommes des prolétaires éduqués mais n’ayant pas les moyens de leurs ambitions, n’a rien de caricatural, contrairement à la manière dont tu le dépeint dans ton billet, toujours, comme je l’expliquais, pour te mettre en valeur, toi pis tes chums.

    Cette critique radicale des productions culturelles réifiées ne doit pas nier le caractère potentiellement original du remix ou de l’hommage. Étant un amateur de Wu-Tang, je le sais bien. Seulement, il y a des conditions pour réussir la chose, énumérées sommairement dans le Mode d’emploi du détournement, et inutile de préciser que cette production promotionnelle ne les réunissait pas.

    Celui qui rend hommage rêve en secret d’un retour de bons procédés. Mais l’idole est morte, littéralement ou métaphoriquement, et donc ce souhait est vain… Il ne recevra rien en retour. Qu’il soit clair que les zombies ne rendent pas d’hommages et, selon toutes vraisemblances, du temps de leur vivant, ceux-là les auraient désavoués, rendant ainsi hommage à l’art dans son combat éternel pour la rupture d’avec la reproduction. Nous faisons de même en critiquant ce vidéoclip, à savoir rendre hommage à Wu-Tang humblement. « Seul celui qui a des idées personnelles, disait Arnold Schoenberg, est capable de rendre hommage aux idées d’autrui. Seul mérite un hommage celui qui est capable de rendre hommage à autrui. » K6A, en tant que mimes caricaturaux, faisant ainsi d’eux-mêmes des médiocres se sacrifiant au nom du génie, n’auront jamais d’hommages, c’est fort à parier.

    Question troisième : depuis la critique postmoderne du génie créateur, qui n’arrive pas à concevoir les limites de son propre paradigme, la tradition a-t-elle perdu sa valeur?

    Voilà ce que j’avais écrit hier, avant la réponse de Baz : « Si Fabien et sa gang admettaient qu’il ne s’agit pas d’art ici, le débat serait vite clos. Mais ils défendent l’inverse, c’est-à-dire qu’un vidéoclip, c’est une forme d’art valable. » Son renoncement n’enlève rien à la validité de ce commentaire. Une œuvre qui sert des intérêts propres, une œuvre dis-je qui s’inscrit dans les sillons de l’industrie comme un produit sur l’étalage d’un supermarché, ne peut offrir aucune résistance à l’interprétation et meurt tout de suite.

    C’est intéressant de voir que ton ami, ce Grondin, vient poser les bonnes questions tandis que toi, malgré tes connaissances élargies en la matière, tu préfères t’en tenir à la publicité et à la justification lascive. Puisque tu aimes le citer, j’en fais autant; s’il fait autorité comme DJ, ça devrait être suffisant en matière d’art, non? Sur ses interrogations, mon analyse est que le système capitaliste a fait sienne la production culturelle à tous les échelons. L’aventure de la nouveauté semble impossible dans ces conditions. Le perfectionnement du Capital passe par une intensification du rêve de l’artiste. Mais ce qui est rêvé, ce n’est pas le travail nécessitant la rupture de l’œuvre originale d’avec son temps, c’est-à-dire ce qu’il y a de révolutionnaire dans l’art, mais plutôt l’oisiveté, le temps libre. C’est pour cette raison qu’au lieu d’écrire de bons livres, bien que tu en aies le talent, tu as fondé une entreprise d’hygiène corporative, en bon sociologue.

    Le Capital a la mainmise sur la production culturelle, sur les moyens expérimentaux, c’est ça la postmodernité. C’est ça qui fuck tout le monde. Ce rêve de liberté qu’incarne encore la culture, même celle réifiée dans une certaine mesure, s’est renversé en cauchemar de l’obédience. Les conditions d’existence du travailleur de la culture l’empêchent de penser, noyé dans sa culture Internet. Pour survivre, il doit s’activer continuellement, se faire voir, se faire valoir. Il prend rarement le temps de réfléchir, de se remettre en question. Or, le temps est le matériau premier de la pensée et de la créativité. Mais la survie du travailleur de la culture l’oblige à multiplier les projets, au cas où. Il ne peut pas être fidèle. De deux choses l’une : soit il est à la recherche de subventions, soit il se vend lui-même sur le marché des producteurs. Son statut d’entrepreneur se base sur son capital culturel et non que sur l’argent, car il est ni plus ni moins qu’un prolétaire nouveau genre. De ce fait, la valeur de la culture a une influence décisive sur ses choix.

    Question quatrième : le vrai, ça existe-tu fo’real?

    Tu comprendras, j’en suis persuadé, que partir de mauvaises questions assure le naufrage de la réflexion. Alors je ferai fi d’elles.

  17. Dinatural says:

    Moi quand je travaillais chez McDonalds, je me faisais un devoir lorsque je me rendais dans un Burger King (avec un ami ou par inadvertance) de crier haut et fort que Burger King c’était pas bien, c’était pas de la vraie Nourriture. Je le devais bien à mes collègues et tous leurs descendants et leur famille.

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