H8ter: Rodrigo l’imposteur

28 Novembre 2011 / par

Le hasard a voulu que je reçoive le communiqué de presse du Rodri Show, une série de 5 épisodes diffusés sur TV5.ca, quelques jours après mon post sur l’épisode du Regular Show qui mettait en vedette Tyler The Creator, MC Lyte et Childish Gambino. J’y demandais, dans l’éventualité d’une traduction de la série du Cartoon Network, quels MCs seraient les plus intéressants à voir personnifier en dessin. J’ai eu quelques réponses, et bizaremment,  personne n’a mentionné Bruno Landry et Samian dans leur choix. Ce sont pourtant les invités sur lesquels la production tente de miser pour promouvoir un concept qui n’avait pas besoin de plus de plomb dans l’aile.

Ce projet de DJ Horg, figure emblématique du rap québécois des années 90, et de Fluser, artiste visuel, met en scène Rodrigo Tortilla, un révolutionnaire d’un pays hispanophone fictif (Pueblo Riko), qui immigre illégalement dans un container de bateau pour trouver des mercenaires québécois prêts à se joindre à sa lutte (on n’en dit jamais plus sur la nature de ce «combat»). À travers les 5 épisodes, Rodrigo croise différents personnages, qu’il finit toujours par affronter en battle rap.

Le format d’animation, les situations rocambolesques, les blagues très primaires (au sens propre et figuré) laissent croire que le concept s’adresse à des enfants. On peut donc tout de suite tirer une première salve sur ce volatile douteux: Personne, à aucune des étapes d’approbation, n’a trouvé offensant les multiples stéréotypes raciaux qu’on balance ? Le faux-accent caricatural aurait toujours pu passer, mais faire de ton personnage un boat people qui se fait appeler d’après un plat mexicain et qui joue dans le créneau dépassé du révolutionnaire communiste des année 70, that’s RACIST!!!!!!!!!.

C’est un peu comme si on reprenait les jokes d’Augusto Ricochet et de Santa Banana, sans le commentaire social, et qu’on le ré-emballait de manière séduisante pour des enfants sans esprit critique. Connaissant un peu les gars, ça doit être plutôt de l’ignorance que de la méchanceté, mais ça reste complètement débile.

YouTube Preview Image

On aurait au moins pu dire que les auteurs sont conséquent s’ils avaient mis Samian en plumes, peinture au visage, calumet à la main. Bizaremment, la production semble choisir ses stéréotypes. Il est vrai que la communauté latino à Montréal est pas mal moins bien organisée que celles d’autres minorités.

On verra comment réagit une minorité musicale – les fans de battle rap québécois – devant la récupération de leur culture. Uno, on ne donne aucune place aux acteurs importants de la scène d’ici. Ce qui n’est pas un crime, mais qui est un peu idiot considérant le hype entourant le Word Up! et les différentes ligues partout au Québec. Deuxio (tant qu’à être dans les inexactitudes culturelles), en tant que fan de rap, je me dois d’être un peu en crisse qu’on ait encore ridiculisé la pratique en demandant à Bruno «Drôle de vidéo» Landry, de réciter son texte tout mou avec un flow à considérer pour l’obtention du prix du pire verse de l’année. C’est d’autant plus surprenant que ça vient de 2 personnes qui sont sensé avoir une connaissance du bon et du mauvais dans le rap. Qui plus est: si ce show s’adresse à des enfants, avoir choisi Booya ou Freddie Gruesum pour incarner un personnage, ça n’aurait rien changé, puisque Ringo Rinfret n’existe pas plus pour quiconque est né après 1990.

J’aurais aimé vous mettre les épisodes ici, mais TV5 a encore un peu de récupération pour être au tout à fait au XXIe siècle. Allez constater vous-même le désastre ICCCCCCCCIIIIIIIIIIIIIIIII. Vous donnerez au moins quelques clics à un show qui en a besoin, ce qui résultera peut-être en une 2e saison plus sensée.

 

TAGS

                                    

LAISSE UN MESSAGE

Votre adresse courriel n'est jamais publié. Les champs obligatoires sont marqués *

*
*