Haters gonna H8: Pourquoi je n’irai pas à Rock The Bells.

1 Septembre 2011 / par

J’ai déjà été très énervé par Rock The Bells (RTB).

J’ai déjà fait un aller-retour Montréal-NYC, de nuit, sans booker d’hôtel, pour voir l’édition de 2007 (Wu-tang, Public Enemy, Rage against the machine, le faux MF DOOM). En 2008 (A tribe called Quest + Busta Rhymes, Nas + Jay-Z, Ghostface + Raekwon), j’étais un peu mieux organisé.

Puis en 2009 et 2010, je pouvais pas y aller. Puis cette année, j’ai tout simplement pas le goût d’y être. Bien sûr , ça serait pas désagréable de voir Mobb Deep jouer un des mes albums préférés de tous les temps. Surtout que Prodigy reviendra jamais à Montréal, et que la plupart de leur catalogue post-2000 est affreux. J’aurais été curieux de voir lequel des DOOM allait être présent.Big K.R.I.T, c’est une bête de scène, sauf que c’est sûr qu’ils vont le faire jouer à 13h30.

Mais sinon, le reste sent le réchauffé et a pris la poussière. Les festivals auxquels j’ai le goût d’aller renouvellent leur programmation, la mette au goût du jour chaque année, créent une surprise dans le choix de ses têtes d’affiche. RTB fait du vélo stationnaire alors qu’il devrait courir sur l’argent.

Là je suis énervé, mais d’une autre sorte de manière.

Il y bien sûr le problème de programmer systématiquement les même artistes année après année (les membres du Wu-Tang, Black Star, Immortal Technique, entre autres, sont là à chaque année depuis que je connais le festival). Les classiques, je veux bien, mais quand tu les a déjà vu 1,2,3 fois, ça perd de son intérêt.

Le deuxième problème, plus grave, tient à la direction éditoriale de la programmation. L’«hommage» aux artistes majeurs des années 90 étaient déjà une tendance forte des éditions antérieures, mais cette année, les vieux qui jouent leurs vieilles tounes sont autant de rouleau compresseur de la programmation.

Car à la différence des dernières éditions, cette année le spectateur sait déjà à quoi s’attendre. Il connait déjà les chansons qui seront jouées, dans l’ordre. Il a déjà probablement aussi intériorisé toutes les paroles. Même les invités «surprise» sont annoncés. Aucune place pour l’étonnement, la découverte, ou quoi que ce soit qui puisse perturber les a priori. On veut voir Lauryn Hill et Nas comme on veut voir un Picasso: dans un environnement contrôlé, sans être dérangé, en sachant déjà ça aurait l’air de quoi. RTB est probablement le plus muséal des festivals.

Le grand paradoxe de tout ça, c’est que c’est pour les individus qui chialent sur le fait que «le rap est mort» et que c’était «meilleur avant» qu’on a créé cette formule castratrice et réductrice. D’un côté, on se plaint que les fleurs sont séchées, de l’autre on tient le sac de plastique autour du pot.

Se souvenir du passé, ça peut se faire. Et c’est même important. Mais travestir une célébration du rap en géronto-fest sans surprise, ça ressemble plus à une oraison funéraire qu’à une affirmation positive et optimiste du futur. Et c’est inadmissible de dire que le rap n’est pas dans une de ses époques les plus créatives, le plus avant-gardistes, les plus importantes.

Les premiers qui sont responsables de «la mort du rap» (si telle chose se dit encore en 2011), c’est ceux qui la proclame constamment.

 

 

LAISSE UN MESSAGE

Votre adresse courriel n'est jamais publié. Les champs obligatoires sont marqués *

*
*