Hypothèses sur l’énigmatique Spark Master Tape: hoax, trojan ou l’avènement du robo-rap? (profil)

9 Avril 2014 / par

On retrouve un étrange familiarité dès les premières secondes passées avec Spark Master Tape. Les samples accélérés, les vidéos bâtis à l’aide d’extraits de culture populaire, les guns, l’anonymat des masques, les cagoules sur les filles quasi nues, la voix ralentie, l’iconographie sataniste, les filtres, les extraits de chansons rap cultes, les références aux même drogues, aux même personnalités publiques contemporaines, la violence et les sombres menaces: tout semble avoir été déjà vu, et simplement ré-assemblés, estampillé d’un nouveau nom et re-nourri à l’internet. C’est gros, tellement évident, pré-mâché.

Pourtant quelque chose accroche. Quelque chose de difficilement identifiable donne l’impression qu’il y a plus. Une intention derrière la démarche. Et si c’était plutôt une méta-critique ? Une trappe intelligente qui terrasse ceux qu’elle vise en retournant leurs armes contre eux. Ce que Kidult est au graffiti, Anonymous à internet, Banksy à l’art, Les Anticipateurs à la Québécité.

 Un «jeu» pour faire prendre conscience de  gimmicks du tumblr rap et, plus globablement, l’homogénéisation qui a résulté de «l’internetisation» des modes, tendances, courants.

D’abord, c’est exceptionnellement bien fait: les vidéos sont impeccables, l’écriture est punchée, même si elle est n’est constituée que d’expressions et de mots génériques «du moment», les productions sont professionnelles, créative et mobilisant un large spectre musical. Les gens derrière le Paper Platoon ne sont pas des idiots et ils ont des moyens. C’est une impression qui se confirme dans les rares entrevues qu’ils ont données, où leurs réponses marquent un décalage entre l’image qu’ils projettent (des goons de corners qui viennent de la culture de la rue) et leurs capacités à déployer un imaginaire qui nécessite d’avoir été exposé à d’autres choses que la trap et le «World of shit».

SMT semble vouloir utiliser son anonymat pour aborder des sujets compliqués, comme les rapports identitaires de race. Plusieurs ont tiqué sur leur première mixtape, Syrup Splash, où un ado tiré d’Akward Family Photo remplace Dr. Dre sur la pochette de The Chronic. La possibilité que SMT soit blanc est systématiquement mentionnée dans chacun de leur profil, une idée que le groupe contribue lui-même à propager.

À ce propos, j’ai ma théorie personnelle sur leurs origines:  Même si Mishka les identifie comme de New York, ça m’apparaît assez clair qu’ils sont passés par la Côte Ouest. Plus précisément, je dirais de la baie de San Francisco. Et j’ai vaguement l’impression qu’ils connaissent ISSUE, le fils de E-40 qui partage leur fascination du masque. Ça pourrait expliquer pourquoi le plus récent morceau de SMT, Paycheck, contient des collaborations avec Earl Stevens Senior et Dat Nigga NUG, aussi de Californie.

Et si, tout simplement, SMT était un ordinateur ? La question se pose: est-ce qu’on pourrait créer du rap par algorithme? Si le journalisme est rendu-là… Les paroles seraient assemblées aléatoirement à partir de morceaux de textes piqués sur Rap Genius, puis passées à travers un émulateur de voix synthétique. Suffirait d’ajuster le pitch pour qu’il colle au BPM d’un beat repêché sur Soundcloud ou Bandcamp. Puis les «chansons» produites seraient  posées sur un montage lui-même construit avec des bribes des vidéos et gifs tagués #rap #trap #swag et #illuminati sur imgur, youtube et tumblr. Est-ce qu’on pourrait entendre la différence ? Est-ce que l’expérience n’est pas déjà en train d’être menée? Que font Scully, Mulder et Alain Gravel ?

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One Trackback

  1. [...] déjà évoqué l’idée d’un artiste rap complètement numérisé, et pour être franc, une grande quantité de nouveaux artistes offrent des résultats équivalents [...]

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