I love Makonnen, un arc dramatique (profil)

23 Juillet 2014 / par

1. Comme toute bonne aventure, l’histoire de Makonnen commence avec un événement bouleversant le statu quo. En 2007, Makonnen Sheran, Anthony Godoy et deux autres amis sont assis dans une Nissan devant la maison de Godoy. Ils sont indifférentiables des centaines de milliers d’adolescents qui font la même chose qu’eux: ils fument, déconnent, errent dans les centres d’achats en fantasmant sur comment ils pourront dépenser leur l’argent  quand ils en auront ou, peut-être, croiser la jolie fille de la classe qui y fera la même chose avec ses copines. Mais ceci étant la Georgie, cet état qui vient d’étendre le port d’arme dans les bibliothèques, les écoles, les églises, les bureaux gouvernementaux et les bars, la bande possède nécessairement un pistolet, un .45 avec lequel Godoy s’amuse en attendant que son frère fasse une course dans la maison.

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2. Les détails de l’incident ne sont pas clairs, mais les conséquences sont immédiates et hyper-réelles: Sheran essaie de prendre l’arme des mains de Godoy, un coup part, et Godoy est mort.

3. Makonnen a 18 ans au moment des faits. L’état ne le considère pas assez responsable pour boire de l’alcool, mais le DA va quand même tenter de présenter le procès devant jury (qui est souvent plus facile à influencer qu’un juge, surtout si l’accusé est un jeune Noir) et modifier les charges d’homicide involontaire en meurtre avec préméditation: à terme, Makonnen fait face au mieux à 25 ans d’emprisonnement. Dans l’immédiat, il est confiné à sa maison, avec internet comme seule fenêtre sur le monde.

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4. À mauvaise fortune, bon coeur: le jeune homme décide de tirer le maximum des options qu’il lui restent et commence un blogue, ilovemakonnen.blogspot.com, où il interview par email des gens qui l’inspirent. Parmi eux, un rappeur de la Côte Ouest hyperactif qui compte plus de 155 pages Myspace. Ils échangent, s’encouragent mutuellement, et deviennent amis. Aujourd’hui, I Love Makonnen répète dès qu’il le peut que c’est le Based God qui lui a insufflé le goût de faire de la musique — peu importe les moyens à sa disposition — et le courage de la rendre disponible en ligne. Avec un Casio acheté par sa mère, il tente de concilier ses deux principales sources d’inspiration: le trap d’Atlanta (on est au pinnacle de la carrière de Young Jeezy) et le rock de The Killers, Block Party et The Black Lips. À cause de formalités techniques, son procès est finalement annulé et il recouvre sa liberté fin 2011. Vivre de sa musique est alors une option trop incertaine et il s’inscrit à une école de coiffure, où il s’amuse à décorer la tête de mannequin qu’on lui a assigné pour s’assurer que personne ne lui prenne.

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5. L’année 2012 est charnière. Il se met sérieusement à la musique et fin 2012, il quitte son emploi de bus boy dans un hôtel et part sur la route avec ses économies, sa musique et  son manager.

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6. Par le biais de Curtis William, aka Lemony Flicket, qui rappe dans le groupe Two-9, Mike Will Made It voit les vidéos de Makonnen. Inspiré, il entre en contact avec le rappeur et l’invite en studio. En plus d’enregistrer ensemble, Mike Will décroche un contrat d’édition avec Warner pour Makonnen: le producteur étoile lui propose d’utiliser ses services d’auteur, qu’il pourra pousser grâce à sa récente notoriété. Les choses semblent enfin se passer pour Makonnen… puis Mike Will rencontre Miley Cyrus. Malgré les bonnes intentions, les deux artistes peinent à se voir, et rien ne semble bouger.

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7. Le point de rupture survient lorsque Makonnen apporte «I don’t sell molly no more» à Mike Will, quelques mois avant qu’il ne sorte Mike Will Been Trill. Il passe, ne sentant pas le morceau (si quelqu’un en doutait: ses aptitudes à discerner le beau et le bon sont irrémédiablement gâchées. #BeenPoche). Makonnen perd patience. À force de traîner en studio, il a rencontré Sonny Digital et Metro Boomin’, qui lui présentent à leur tour FKi, Dj Spinz, Dun Deal. En quelques mois, Makonnen a des contacts privilégiés avec de jeunes artistes talentueux, qui ont un carnet d’adresses bien remplis et, surtout, qui sont prêts à travailler sérieusement. Quand Makonnen fait entendre «Sell Molly» à Sonny Digital, il saute dessus, lui ajoute des drums, et en fait leur premier succès conjoint.

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8. Depuis quelques semaines, la vie s’est accélérée pour Makonnen. Travis $cott, Ryan Hemsworth et Miley Cyrus ont rejoint Juicy J au rang des fans célèbres de sa musique, et les principaux blogues américains n’en ont que pour lui depuis 15 jours. Que ce buzz soit «organique» ou démarrer par une organisation professionnelle qui désire demeurer anonyme pour préserver l’aura d’authenticité et d’«indépendance» de l’artiste (à la Rich Homie Quan), I Love Makonnen a percé le mur de l’indifférence, bien que les chapitres subséquents restent à paraître.

Sources: 1, 2, 3, 4

Toute la musique de I Love Makonnen est disponible sur son blogue, ilovemakonnen.com

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