JP Manova photobombe la Semaine de la mode de Paris pour prouver son point (clip)

26 Janvier 2015 / par
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Il fallait compter sur la capitale du fromage, du vin millésimé et du cognac pour traiter la maturation avec respect. Alors qu’aux USA, le rap est un des rares domaines où les hommes peuvent sentir la brise froide de l’âgisme souffler leurs chandelles d’anniversaire, la France se distingue récemment par des artistes «émergents» au milieu de la trentaine.

L’an dernier a été un crû particulièrement fort, avec Metek et Sameer Ahmad, mais on peut aussi évoquer Dabazz, de Triptik, ou Grems. Les Français se distinguent des Américains de leur âge par l’adoption d’un rap «vieilli», qui n’est ni une tentative de sauter sur les saveurs du moment (pour montrer leur pertinence), ni raconter comment c’était mieux dans leur temps. Le rap français «de vieux» cultive sa propre personnalité, son propre point de vue WYSIWYG, sans l’épuisante mythomanie de ses benjamins.

Rentre en scène JP Manova, vétéran inconnu bien qu’omniprésent de l’histoire du rap parisien. Lune dans les orbites du Secteur Ä, de Doc Gynéco, MC Solaar, La Rumeur, L’Entourage et La Cliqua, sa discographie officielle se limite à quelques couplets en 16 ans. Comme il le dit lui-même, il a «planifié son plan B avant son plan A». Alors que les artistes au sommet du rap dans leur vingtaine rédigent leur premier CV, lui s’apprêtent à ouvrir ses disques durs au Monde.

«Longueur d’onde» est le premier extrait paru au début du 12e mois de l’an dernier. L’écriture est complexe, mais la livraison limpide agit comme un fil d’Ariane dans les étages labyrinthiques de sa pensée.

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Puis est venu la semaine dernière «Is Everything right?», ci-haut. Un exemple, au sens littéral, d’une chanson et d’un clip se répondant, et accentuant le propos de l’un et l’autre. La pièce aborde les rapports complexes qu’entretiennent les États-Unis et France, un sujet inépuisable depuis Alexis de Tocqueville, à l’orée du rap contemporain. Alors que Jay Z, Kanye, A$AP, Rihanna et même Migos entretiennent l’image de carte postale de strass, d’avant-garde et de créativité, Manova leur offre un rendu du «local» d’un Paris qui n’existe pas pour l’immense majorité de ceux qui y habitent.
Le clip, auto-financé par le rappeur/producteur, développe en image l’idée du morceau: il tente de mettre du beurre sur son pain et tirer son épingle du jeu, mais est systématiquement relégué au deuxième plan, derrière des plus beaux, des plus riches, des plus cools. Et c’est sous-titrés, en plus, parce que lire, c’est bon pour le cerveau.
via Rocipon

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