Les barres sur les T: L’attrape-nigaud et le piège à noob.

11 Octobre 2012 / par

Comme un père de famille qui repousse toujours et encore la discussion sur les abeilles, les fleurs et les cigognes avec ses enfants, j’ai essayé jusqu’à maintenant de me tenir loin de la «controverse» vrai-trap/edm-trap/Diplo-trap. Je pense que la majorité des lecteurs/lectrices de ce blogue n’apprendront pas grand chose ici. C’est surtout un post pour coloniser Facebook, mettre les points sur les imprécisions et la barre sur la trappe.

Point 1: Il n’y a pas de police des genres en musique. Ils sont avant tout un outil pour les agents de liaison gravitant autour de l’industrie. C’est, avec la comparaison à d’autres artistes (ce qui horripile toujours le créateur «pur et libre de toute influence»… LOL), un compromis du moins pire pour traduire, classer, convaincre, vendre, en mots, ce qui par définition s’exprime en mélodie. Un exercice très simple qu’on faisait à l’université: allez chez des disquaires différents (quand ça existait encore) et cherchez le même artiste/album. Garanti qu’il sera classé sous différentes catégories dans chaque commerce. Ça a toujours été comme ça, et ça le sera toujours, puisqu’il est impossible de parler de quelque chose sans lui donner des référents langagiers. Donc inutile de se scandaliser à toutes les saisons et défoncer des portes ouvertes en criant après les journalistes «qui inventent n’importe quoi».

Point 2: L’enjeu principal de cette dénomination, c’est la ruée à l’épithète. Dès qu’une formule musicale est considérée originale, une course est déclenchée pour savoir comment elle sera «reconnue» dans le langage . Parfois, ça va vite (i.e.: l’été dernier le mot «moombathon» n’a pas vraiment eu de compétition), parfois c’est plus laborieux (tout le mouvement The Weeknd, How to dress well, Miguel, Frank Ocean n’a pas encore un qualificatif fixe, même si j’aime beaucoup PB R’nB).

Point 3: Dans le cas du «trap», au sens de ça:

Clairement, quelqu’un, quelque part, n’a pas fait sa job, parce que, comme tout le monde le sait ici, le mot «trap» existe déjà pour décrire quelque chose qui existe déjà. La «trap» est un parfait exemple de la beauté du langage populaire: il sert à la fois à décrire un endroit où on vend de la drogue et la pratique très concrète pour le faire (la manière optimale que les vendeurs de crack utilise pour «trapper» efficacement les acheteurs, tout en diminuant les risques en cas d’intervention par la police) et un espace métaphysique dans lequel une jeunesse afro-américaine désavouée est prisonnière (prison, violence, décès, trahison). C’est un concept riche et complexe, qui image parfaitement le «piège» de la drogue, qui n’épargne ni le vendeur ni l’acheteur.

Point 4: Évidemment, ce contexte de la «trap» a de tout temps été très fertile pour les rappeurs, et très alléchant pour un public blanc qui gratifie très bien ceux qui réussissent à leur ouvrir les portes sur un univers inaccessible autrement.

Point 5: Ignorance? Opportunisme mercantile? Manque d’imagination? Je ne peux m’expliquer le lien qu’ont fait les journalistes, blogueurs et les maisons de disque entre le trap-rap (ou crack-rap, ou pyrex-rap… LOL) et une certaine vague de producteurs qui ré-utilisait, souvent très efficacement, les idiomes contemporains du rap (popularisés par Lex Luger, Gucci Mane, DJ Screw, Young Jeezy, Lil’ Boosie, Waka Flocka, Juicy J), en les hybridant avec d’autres structures musicales électroniques (la house européenne notamment).

Point 6: C’est à peu près le même phénomène qui s’est passé avec le dubstep anglais, quand il s’est implanté ici à travers Benga, Rusko, Diplo (évidemment). Par le temps qu’un ancien chanteur de screamo (une étiquette très efficace pour décrire la musique, soit dit en passant) rapproche le genre britannique de racines plus «musclées», propres à conquérir un public blanc, américain et élevé à travers le prisme musical du nü-metal, l’étiquette «dubstep» ne convenait plus, puisqu’elle décrivait deux univers. Aujourd’hui, il y autant de liens entre Bob Marley et Slipknot qu’entre Burial et Skrillex.

Point 7: Viennent ensuite ceux qui, à défaut d’avoir pu proclamer le cool d’une tendance, seront les premiers à l’enterrer.

Évidemment, entendre «le trap est mort» est surprenant pour un amateur de rap qui, pour une quelconque  raison, n’aurait pas suivi l’émergence de nouveaux producteurs auxquels ont a accolé cette étiquette. Presque autant que d’entendre «trap» dans la bouche de Tanya Lapointe, au téléjournal.

Point 8: L’idée de «combattre» l’edm-isation du rap est absurde et contre-productive. La récupération à grande échelle des codes et référents de l’esthétique du rap contemporain montre bien qu’il n’a jamais été aussi pertinent, actif, et imprégné dans la culture populaire. Il vaut toujours mieux que les autres genres s’inspirent du rap, plutôt que l’inverse. Gucci Mane et Flosstradamus sont des entités différentes qui ont été réunies par erreur. Pas de raisons de se fâcher pour si peu. Ou de ne snober l’album de Purity Ring, qui est fuckin’ bon.

Point 9: Si vous me demandez mon avis sur la catégorisation de cette branche de la musique électronique, elle est à mettre dans ce même grand fourre-tout qui me mystifie encore, que j’appellerai «post-rap expérimental», faute de mieux. L’espace presque sans limite que les producteurs se sont créé quand ils ont décidé de se faire valoir autrement que par le biais d’autres artistes. Maintenant, ils ne devraient pas perdre trop de temps à combattre les moulins à vent des adjectifs, et laisser ça aux Don Quichotte du clavier.

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4 Commentaires

  1. Simeon says:

    Dawg… Purity ring cest bumpin’

  2. Simeon says:

    Purity ring cest bumpin… Real talk!

  3. aesk47 says:

    En remontant la page, après avoir terminé ma lecture, je suis tombé sur cette phrase qui restera toujours le comble de la sagesse : “Si tu kiffes pas renoi, t’écoutes pas et puis c’est tout.”

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