Les univers HD de Osti One (tlchrgmnt)

8 Novembre 2013 / par

Ce premier album solo d’Osti One, un des 22 ratons du K6A, réussit à rassembler (presque, mais j’y reviendrai) parfaitement les univers dans lesquels le MC vous enverrait au comptoir du SubV, dans un chilling Mook Life ou à un arrêt de bus sur Sherbrooke. Que ceux qui croient encore à l’authenticité comme critère pour juger un rappeur s’y précipite: Full HD est real as f*ck.

Drôle d’hybride issu de contradiction qui n’en sont pas vraiment, Osti vient à parts égales des mondes anglo et franco; de l’école de la vie et de l’Érudition; du je-m’en-calisse et du nous-sommes-tous-concernés.

D’abord, sa maîtrise experte et naturelle du français a de quoi méduser quiconque jetterait un clin d’oeil à son nom civil. C’est assez facile d’identifier les rappeurs qui emprunte du vocabulaire au petit Robert pour la première fois, mais ici, si c’est le cas, c’est fait de façon tout à fait harmonieuse. Techniquement, son phrasé est irréprochable. Maniant avec beaucoup d’inventivité le roulement multisyllabique, les assonances, les mots-valises («rétroïdoscope» et «immobiliarité» sont de superbes néologismes) et à l’occasion, la réflexivité de phonèmes anglais et français, Ostie One offre une démonstration qui le place dans le tiers supérieur des rappeurs contemporains.

Reprenant une structure assez rigide d’une chanson/un thème, il n’en explore pas moins une diversité d’enjeux qui, additionnés, forment une représentation assez précise de sa personne. Une sensibilité à la misère locale et l’immobilité des gens qui y sont, à la fois par échec du système et paresse des principaux concernés. Les deux faces des filles (celles qui courent après toi/celles qui te courent après) ont chacune droit à un morceau, tout comme la relation amour/haine qu’il entretient avec les psychotropes et ceux qui les consomment. «Coat Divers» est un portrait inédit de l’hiver montréalais, vu à travers les manteaux d’hiver. «Daisy Cutters» impressionne par ses références et recoupements, sans jamais tomber dans le piège de la culpabilisation. «Galerie vide» dépeint joliment et, en 4K, la relation à la peinture et aux couleurs.

Ce ne sont pas toutes les déclinaisons de son spectre qui plairont tout le temps à tous. Perso, je ne fume pas de drogue et je n’ai que très peu d’affinités pour le rock: les 3min30 de «Thon d’Atlantis» ne me parle pas du tout. Mon principal reproche, mais c’est parce que je le connais, c’est de ne pas avoir davantage exploité son intérêt pour les basses vibrantes et les chansons épaisses de la Baie de San Francisco. Une fenêtre de quelques morceaux moins hermétiques serait sans doute venue faire vibrer une gamme plus large d’émotions et de sensations chez l’auditeur. Avec Calypso, on s’en rapproche, mais sans y aller à fond. Et c’est dommage, parce que c’est à la fois une vague qui s’en vient inexorablement et qui aurait pu servir au MC, et parce que je ne vois personne d’autres qui aurait pu réaliser le premier succès hyphy québécois.

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