Metek: De métisse à matière noire (EP)

18 Mars 2015 / par

 

Metek a sorti un des meilleurs disques de rap en 2014. Considérant que c’était son premier après deux décennies de carrière, il était plausible de penser qu’on devrait s’en contenter au moins jusqu’à l’an 2034.

Comme la rencontre fortuite d’un ami qu’on croyait parti, Matière noire surprend et déstabilise. Une fois le moment passé, l’heureux imprévu égaye pendant quelque temps. Il redonne espoir que la vie peut être aventures et imprévus. Puis, on se met à analyser les choses qui ont été dites, leur signification, l’addition inconsciente des petites décisions qui ont amené à ce que vos chemins se croisent, à ce moment x, dans cet instant y. Si les mots étaient à la hauteur de la circonstance. Et si l’improbable se répètera un jour.

L’épitaphe qui accompagne cette sortie, proclamant 2014 comme l’année de mort de Metek, n’a rien pour rassurer ses angoisses. À bien y penser, tout cet EP est écho, fantomatique. Metek, comme Ebenezer Scrooge, revisite son passé, son présent et son futur à coup de 16 barres.

La grande force de Metek est sa capacité d’apporter un regard hyper-lucide sur ce qui l’entoure aussi bien que sur lui-même. Sa capacité de détachement est au plus fort ici: il est au centre du récit, mais la narration nous provient des airs. Un ectoplasme qui rejoue les scènes de sa vie, les commentant avec l’expérience de celui qui sait où chacune d’entre elles ont abouti.

Après l’eulogie des deux premiers morceaux, «Lexotril» est le moment où le spectre se révèle aux mortels. Des bribes de la voix de Metek parviennent à nous, incohérentes, syncopées, distortionnées, comme une message d’une table de ouija ou une bibliothèque qui recrache ses livres. Vient ensuite la célébration funèbre avec «Fuego», une dernier tour à la discothèque avec les cendres du disparu. La pièce-titre conclut finalement la transformation. C’est la passation du Metek mortel à son état éternel. Le retour à la matière noire.

Musicalement, c’est aussi un moment important pour l’artiste. Cette ouverture est unique dans son répertoire, et est finement réussie. On se doutait que Metek avait en lui cette pop froide que les Français savent si bien faire, de Tellier à Kavinsky. Mais c’est heureux d’en avoir la confirmation. Surtout si c’est un indice de la forme que prendra la réincarnation de l’artiste anciennement connu sous le nom de Metek Riski.

LAISSE UN MESSAGE

Votre adresse courriel n'est jamais publié. Les champs obligatoires sont marqués *

*
*