Musique de voyous: La police n’est pas le pire ennemi du rap

26 Mars 2012 / par

L’histoire: David Hodges, promoteur et rappeur de l’Ouest de l’île, organise un concert (La Gazette et le timing nous laisse penser que c’était un hommage à Bad News Brown, abattu dans des circonstances louches en février 2011) au bar Le Pionnier, une salle où se tient régulièrement des shows de rap. Les groupes annoncés, outre Hodges: SRH, OG HINDU KUSH, Boy6lue. Mais les co-propriétaire du bar, Diane Marois et son mari, se font appeler par la police, et se font dire que les shows de rap en général, et celui-là en particulier, attirent souvent des gangs de rue. La police leur montre des «mug shots» de personnes apparemment reliées à des gangs de rue. Le show est annulé, et le permis d’alcool suspendu. La Régie des alcools et des jeux envoie un avis disant que le bar ne pourra pas servir d’alcool tant que les propriétaires ne s’engagent à ne plus présenter de show de «rap ou de hip hop».

Source: CTV

Les arguments: Levée de bouclier de la part de la communauté rap de l’Ouest. Apparemment, Le Pionnier est un lieu de diffusion important dans le milieu. Perso, j’en ai jamais entendu parler, ni de ce David Hodges (que je connais finalement, mais grâce à Hip Hop Non Stop, qu’il co-anime avec Dj Manifest et Dirty Taz). Les médias (surtout anglophones et de droite) se font les gorges chaudes de l’affaire, avec comme sous-texte l’incompétence du SPVM, une organisation qui se ridiculise depuis le début de l’année, et la sur-réglementation de l’État québécois. Les militants et organisations anti-racistes de Montréal, qui, avec raison, ne disent jamais non à un micro et une caméra, crient à l’injustice, au profilage racial et y relient toutes sortes d’événements prouvant, selon eux, un profilage généralisé des Noirs et du rap par la justice montréalaise.

Mes 2 cennes: Rien de ça n’est nouveau. Dans l’inconscient collectif, le rap restera, du moins au Québec et pour les prochains 30 ans encore, associé au crime et à la violence. La faute est partagée entre les artistes, les fans et les médias. DMX, King ou KC MNLOP, des artistes condamnés à la prison, n’aident pas à décriminaliser le rap, pas plus que les épais qui ont foutu la marde au show de Rick Ross l’an dernier ou les médias qui ont transformé le dernier show de Lil’ Wayne au Centre Bell en tutoriel sur «Comment identifier un membre de gangs de rue».

Aucune conférence de presse, entrevue, marche ou groupe «conscient et positif» y changera quoi que ce soit, parce que par essence, le rap se doit d’être une musique de truands. Y’aurais rien de plus triste que le rap devienne un objet inoffensif, qui roule en boucle à NRJ et Rouje et qui clôture Star Académie. Autant que ça me fait chier d’avoir à bien vérifier qu’il n’y a rien de louche dans mes poches quand je vais voir un show de rap, j’aime le thrill, le danger, le stress des chiens, des autos de police, des détecteurs de métal. C’est ce qui m’a toujours stimulé dans le rap. Et qui en fait encore aujourd’hui, 30 ans après ses débuts, le seul genre véritablement voyou et rebelle (sorry, les punks et les Elfes à vapeur).

GUINDON pourra vous en parler mieux que moi, mais il s’est déjà fait rapblocker une soirée dans un bar sur Roy, parce qu’il y proposait de faire un spécial rap. De mémoire, le refus avait été justifié comme ça: «Le rap attire les Noirs, pis les Noirs ça boit pas pis ça fout la marde». Donc pas besoin de la police ou de la Régie pour que les salles/bars bloquent le rap.

MAIS

Ça change. La preuve, ledit bar a laissé organiser depuis le lancement de Casse-Tête, un rappeur noir. Ils ont même maintenant les «Mercredi A$AP» (aucune idée c’est quoi, mais j’imagine qu’on y joue du rap). Et si on prend un petit peu de recul, Montréal n’a jamais vu autant de shows de rap que depuis que des promoteurs comme Escape et Lookout, des organisations fiables et professionnelles, sont dans le jeu.

Donc, à ceux qui hypothétisent la fin du rap à Montréal, oubliez-ça. L’amateurisme/manque de vision des promoteurs, la stupidité des fans et le fait qu’on est fondamentalement un petit bassin de population traditionnellement branché sur le rock sont des obstacles beaucoup plus réels aux spectacles rap que le profilage racial ou la fermeture d’une taverne perdue en banlieue.

 

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2 Commentaires

  1. Guindon says:

    Voir ma page profil sur 10kilos.us:

    http://10kilos.us/g-u-i-n-d-o-n

    Point #1.

  2. osti one says:

    Salon Officiel a dit ca!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    oh boy, campagne de salissage en vue!

One Trackback

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