RAP, CLUB & DROGUE — ORGASMIC PARLE DU NOUVEAU PROJET SND.PE (ENTREVUE)

17 Juin 2014 / par

Orgasmic est l’un des fondateur du label parisien Sound Pellegrino. Avant de faire ça, il a fait plein de petits trucs comme participer au Klub des Loosers avec l’ex-rapper suicidaire Fuzati, être curateur des deux excellentes compilations Eurogirls et être dans TTC. Il a aussi produit l’un des plus gros hit de l’histoire du rap queb et produit 3 mixtapes légendaires pour (les filles et) Cuizinier. Il est l’auteur d’une poignée de mixtapes audacieux, réalisateur de plus d’une centaine de podcasts pour Sound Pellegrino et doit compter des dizaines de remix à son actif. Il pilote aussi en solo le label XPNL (Expect No Less) qui a déjà rendu deux vinyles disponibles.

Pour souligner la sortie de la troisième compilation SND.PE, je me suis entretenu avec lui over emails de manière très peu professionnelle.

Tout d’abord je veux juste faire une petit mise en contexte… Déjà en 2002, (encore à l’époque pré-Hollertronix) Orgasmic faisait des mixtapes où il mélangeait habilement Autechre, Disco D, Antipop Consortium, D12 et Marilyn Manson. Ça peut paraître évident aujourd’hui, mais à cette époque c’était encore un peu tabou de faire ce genre de choses-là. Il semble y avoir des milliers de kilomètres entre cet état d’esprit et ce qui sort maintenant sur SND.PE. Est-ce que l’éclectisme s’est rangé pour faire place à des trucs plus dirigés?

Orgasmic: D’une certaine manière oui, pour plusieurs raisons. Tout d’abord plusieurs projets que l’on cite là font partie d’une époque plus culture bootleg qui est maintenant révolue, du moins sous cette forme, et aussi par ce que personnellement j’utilise de moins en moins de samples dans mes productions parce que je m’en sens la capacité maintenant. Même dans Grand Siècle, mon récent projet avec Fuzati, on n’a pas utilisé de samples ni lui ni moi, on y reviendra sous une autre forme mais c’est l’envie du moment… Je trouve que nous sommes moins lié à un «son» qu’il y a quelques années. Maintenant le spectre varie assez entre techno plus froide, plus squelettique et des choses plus funky comme Joe Howe ou Eero Johannes. Tandis qu’au début du label nous étions plus lié à un truc tech/house à samples et les choses un peu tropicales. Mais comme mes propres productions, c’est globalement moins basé sur des samples, et plus composé que ce que l’on sortait il y a cinq ans, et plus froid aussi.

Quant à ce que je joue, je crois que c’est assez constant depuis presque une quinzaine d’années maintenant, un mélange de rap/RnB et de musique électronique, orienté vers le club en grande majorité. Mes sets ou ceux de Thermal Team évoluent avec le temps…on ne joue pas le même set pendant deux ans, ce n’est pas notre truc, et on n’a pas vraiment de «tube» qui nous l’impose. Je ne dis pas ça en bien ou en mal mais c’est juste un fait.

Votre approche de sélection d’artistes pour Sound Pellegrino me fait vraiment penser à un genre de ligue de Fantasy Football de la musique où on retrouve toute sorte de gens très talentueux mais aussi très différents qu’on aurait jamais vraiment imaginé ensemble. Et en même temps, la direction du label est très claire et très affirmée, autant au niveau visuel que sonore. Entre les dizaines de EPs et les trois compilations, comment vous faites pour garder le précieux équilibre entre variété et direction artistique du projet?

Signer des artistes nous a permis de créer une sorte de «colonne vertébrale» pour le label. Sur les compiles par exemple, où tu as des productions de nos artistes plus des tracks d’artistes non signés, ça reste cohérent. Quand on conçoit les compiles, il faut que ça raconte un minimum d’histoire, donc évidemment, il faut que les morceaux collent, mais je ne pense pas que les gens ont pour autant l’impression d’écouter quinze fois le même morceau. Le rythme des sorties de EPs recommence à s’intensifier de nouveau maintenant qu’on a plus d’expérience. Je pense qu’on arrive à un bon ratio entre variété et cohérence, autant au niveau de notre roster que des compiles. Avec le temps et avec le fait d’avoir exploré plein de champs différents, peut être qu’on est plus sûrs de nos goûts aussi. L’important c’est d’avoir du plaisir et de se reconnaître dans ce que l’on fait. Et ça été le cas depuis le début du label.

Est-ce que certaines de ces combinaisons vous sont proposées par les artistes eux-mêmes ou bien ça vient de vous à chaque fois? Plusieurs semblent ne pas nécessairement se connaître ni vivre dans la même ville. On pense évidemment au combo Tommy Kruise / Nicolas Malinowski ou bien encore à Todd Edwards qui chante sur un morceau de Surkin

Jusqu’à la compilation SND.PE vol. 2, ça ne c’était pas fait à distance et ça venait vraiment de nous, d’association dans nos cerveaux. Il n’y a que le Matthias Zimmerman/SCNTST, le Jean Nipon/Koyote (vol. 1) et le L-Vis 1990/Sinjin Hawke (vol. 2) que l’on n’ait pas instigué. Mais ceux-là ne se sont pas faits à distance. Je pense qu’il n’y aura pas de EPs entier Crossover Series fait à distance parce que c’est surtout l’émulation en studio et le fait de passer ce moment ensemble, même si on ne se connaissait pas avant, qui créer quelque chose d’unique. Je ne sais pas si Todd Edwards aurait chanté sur «I want you back» ou tout simplement si le track aurait existé si Surkin et lui avaient travaillé à distance. Probablement pas en fait, et je pense que c’est une des choses qui lui a redonné envie de chanter, en tout cas il ne l’avait pas fait depuis très longtemps.

Mais lorsqu’on a commencé à travailler sur le volume 2 (la Crossover Series), on a demandé à beaucoup de gens différents, et on a du procéder à distance. Et ça été plus périlleux… mais c’est normal lorsque les intéressés ne se connaissent pas avant. Ça va pour un morceau, comme par exemple Tommy Kruise et Nicolas Malinowski sur Disstopia. Ils ne se connaissaient pas et ne se sont toujours pas rencontrés d’ailleurs…Mais le résultat défonce!

Les gars ownent ce qu’on peut appeler la «musique de club» depuis un moment maintenant. Sans faire de lien boiteux avec l’hymne aux boîtes de nuits de TTC, je lui ai demandé de décrire ce que ça veut dire pour eux, puisque c’est quelque chose qu’on a aussi discuté avec Teki lorsqu’on l’a rencontré l’année dernière pendant un match de baseball au parc Laurier. On avait parlé de la relation entre la musique de club VS les nouveaux trucs de rap qui sortent qui sont très liés aux drogues.

Je pense que notre musique est orientée vers le club dans le sens où le décor qui lui «fit» le mieux c’est un club. C’est pas de la musique de festival en tout cas. Je pense qu’elle est plutôt faite pour être écoutée soit dans un club plutôt sombre ou chez soi. C’est vrai que pour nous l’essence de la «musique de club», c’est le beat et la basse, c’est tout ce dont tu as besoin pour danser tout le reste est superflu.

Sinon c’est marrant que tu mettes la musique de club en opposition avec la «musique de drogue». Depuis quand la techno est moins une musique de drogue que le rap instru? Je comprend pas vraiment cette théorie… Je pense juste que la libération des moeurs, la légalisation du cannabis dans certains États aux États-Unis par exemple. De manière générale la tolérance s’est quand même beaucoup accentuée ces derniers temps. Je pense que toute cette nouvelle culture liée à la drogue se reflète jusque dans la musique électronique… Les gens ont envie de fumer un joint et prendre du Xanax… pourquoi pas? Je t’avoue que ça me passe un peu au-dessus de la tête. C’est intéressant à constater mais ça ne me fait ni chaud ni froid. C’est dans l’air du temps c’est tout. Je pense que le fait que les festivals aient beaucoup empiété sur les clubs joue aussi sur tout ça… Quand tu es jeune, t’as l’impression de faire un truc cool, tu as besoin de t’intégrer… Ça sera autre chose l’année prochaine.

Venant d’un background très rap, il y a quoi comme influence de cet univers dans l’évolution d’un label de musique électronique? J’ai l’impression que la liberté que vous prenez pour associer des artistes pour un seul morceau me fait penser à des rappers qui travaillent ensemble pour faire un hit mais qui ne feront pas nécessairement un album complet.

On pourrait comparer ça à des «side project» de rappers par exemple. Des fois c’est vraiment consciemment en s’inspirant du rap, comme quand Teki avait commandé ce «posse cut» Club Cheval sur le maxi de Panteros 666 que l’on a sorti. Mais ça arrive aussi des fois de manière moins consciente. C’est quelque chose qui dicte notre démarche et fait notre originalité, mais ça peut parfois nous nuire en terme de marketing, la façon dont les gens nous perçoivent… C’est difficile de faire admettre aux gens que tu puisses passer du rap à la techno en y mettant autant de conviction et de savoir-faire.

Depuis Dinosaurs with Guns, on entend de plus en plus souvent la voix de Teki sur les projets de Sound Pellegrino. Mais aussi avec Paul Fisher sur le morceau de Ratchett Traxxx. On a l’impression que les jours du label STUNTS (division rap du défunt label Institubes dans lequel étaient impliqués Orgasmic et Teki) sont déjà bien loin derrière nous… Est-ce qu’on peut espérer une quelconque manifestation du rap venant de chez Sound Pellegrino?

Le fait de sortir des longs formats nous fait tendre vers ça naturellement, mais c’était déjà le cas aussi sur «I want you back» de Surkin et Todd Edwards. Ça n’est pas une priorité sur les EPs, mais c’est vrai que dans la construction d’un album majoritairement instrumental ça apporte une certaine bouffée d’air, au même titre que des plages instrumentales sur un album majoritairement vocal. Et le rap, évidemment, quand ça s’y prête. Mais c’est pas dans notre volonté de sortir des disques «de rap» en tout cas.

En attendant, ceux qui veulent connecter Orgasmic avec le rap peuvent se procurer Grand Siècle, projet paru début mai, où il fait un retour avec Fuzati, plus de 10 ans après le maxi «Baise les gens» de Klub des Loosers. Même si le duo a laissé tomber le nom pour un truc plus simple, Orgasmic & Fuzati livrent un album très agréable à écouter, très différent que ce qu’on pouvait se rappeler de leur précédent travail ensemble.

Que le temps ait passé fait que ça a été un disque facile à faire. On a eu chacun notre propre parcours et de les confronter, c’est ce qui fait l’intérêt du disque. On savait ce qu’on allait chercher chez l’autre et je pense que même si ce n’était pas planifié, on est content d’avoir fait ce disque. Ça aurait été un regret pour moi de ne l’avoir jamais fait! Les gens ne s’y attendaient pas vraiment en fait… On n’avait vraiment pas mentionné qu’on préparait un projet ensemble jusqu’à un mois de la sortie. Au moment de l’annonce, effectivement on a senti qu’il y avait une attente, et on ne savait vraiment pas à quoi s’attendre de la part du public, parce que c’est très différent «soniquement» de Klub des loosers. Et  finalement, le disque a été super bien accueilli, ce qui fait plaisir.

Sinon il y a aussi les DJ sets d’Orgasmic ou tu es certain de toujours entendre du rap. La dernière fois qu’on s’était parlé au Social à Paris, il m’avait parlé de Kaaris, que je ne connaissais pas encore. Alors j’ai profité de ma dernière question pour lui demander ce qu’il trouve cool/moche niveau rap en ce moment.

En France, Swaggman! Aux États-Unis: Atlanta, où il se passe toujours quelque chose, et la Californie bien sûr. Je suis assez fasciné par l’évolution garage que prend le rap «ratchet». Pour moi c’est une vraie nouvelle forme de dance music. Y’a aussi évidemment tout TDE (Top Dawg Entertainment) et les choses de ce genre-là.

Ce qui est moche n’en parlons pas… C’est une perte de temps. Puis il y a trop de choses moches… Ça prendrait trop de temps hahahaha.

Et un mot de la fin?

Voilà Voilà.

En tout cas, dès maintenant vous pouvez vous procurer RAW CLUB MATERIAL, la toute dernière compilation de Sound Pellegrino sur iTunes. On vous fera signe dès qu’ils reviendront nous voir. Bientôt j’espère.

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