Sampleur-Samplé: Le futur du rap selon Lord Finesse

13 Juillet 2012 / par

Vous ne trouverez pas de grand fan de Mac Miller sur ce blogue. Cependant, au-delà de l’appréciation de ses qualités esthétiques, il est impératif de se ranger de son côté dans cette histoire de poursuite judiciaire par le rappeur Lord Finesse. Il en va un peu de l’avenir du rap.

Les faits: En 2000, un jeune Mac Miller qui fume ses premiers joints et n’a pas encore d’argent pour se payer des tatouages lance une chanson intitulée «Kool Aid & Frozen Pizza», sur lequel il reprend un beat immortalisé par le producteur/rappeur Lord Finesse 15 ans avant lui. À noter que Finesse avait lui-même emprunté au Montréalais Oscar Peterson la fameuse mélodie…

Au début de la semaine, Finesse a fait parvenir une mise en demeure à Mac Miller, Rostrum, son label, et le site de mixtape Datpiff.com, qui a «sorti» la mixtape gratuite sur laquelle se trouvait la chanson en question. Dans son communiqué, Finesse explique que:

“This is a case about a teenage rapper- Mac Miller- copying the music from a song written, produced and performed by Lord Finesse, a hip hop legend, changing the title and then distributing it under his own name in order to launch his music career,”

Ce que l’histoire nous a appris: Le rap américain pousse depuis ses débuts les limites de l’emprunt créatif, du droit d’auteur, de l’échantillonnage. C’est une des raisons qui en font une des musiques les plus dynamiques, avant-gardistes et révolutionnaires de notre époque. Jusqu’en 1991, le pillage, remélanges, et adaptions de matériel sorti précédemment se faisait assez librement, sans trop qu’on se pose de question. Le monde du rap a changé complètement au lendemain de la poursuite de Gilbert O’Sullivan contre Biz Markie pour son utilisation d’un extrait de «Alone Again», poursuite aussi connu sous le nom de Grand Upright VS Warner Bros.

Le juge a donné raison à O’Sullivan, la chanson de Markie n’a jamais pu être sortie officiellement. Bon joueur, Markie a intitulé son album suivant «All sampled cleared!». Les conséquences du jugement ont été moins drôles cependant: dorénavant tous les échantillons devaient être «libérés» («cleared»), ce qui eu comme conséquence de réduire de beaucoup le nombre de samples que les producteurs/labels pouvaient inclure dans un beat ou un album.

Ce dont il faut s’inquiéter: Le rap est à la fin d’un cycle, et au commencement d’un nouveau. On retrouve un certain nostalgisme chez la nouvelle génération de fans de rap, qui récupère, entre autres, l’influence des années 90. Mac Miller s’est, par exemple, défendu depuis toujours d’avoir voulu rendre «hommage» à Finesse, lui permettant de demeurer pertinent de nos jours, et le faire connaître par un nouveau bassin de fans, des arguments que les rappeurs des années 90 ont eux-même utilisés quand ils empruntaient à Al Green, James Brown, Thelonious Monk, etc. Ce qui nous intéresse, c’est que Mac Miller est loin d’être le seul à avoir récupérer à son compte récemment des «standards» rap.

Lupe Fiasco a repris récemment la plus grande contribution au rap de Pete Rock.

French Montana a loopé pour son plus grand succès, un bout du succès de Lords of the underground.

Même ici, Soké faisait une version ragga de l’Étage sous-terrain de Sans Pression et Yvon Krevé.

Aucun des artistes «empruntés» ne se sont sentis floués par le travail de reprises tout juste cité. La ré-utilisation d’instrumentaux sur les mixtapes demeurent un palmarès informel des morceaux les plus chauds du moment, un système qui sert toute l’industrie. Lord Finesse, par considération économique, par jalousie (la condescendance avec laquelle il s’oppose à Miller dans la mise en demeure est probante («legend» VS «teenage rapper») ou par orgueil va peut-être, si la poursuite va jusqu’au bout et le montre vainqueur, changer tout ça.

Une des conséquences pourraient être notamment de rendre illégal le sample de morceaux déjà utilisé par un autre artiste, à moins d’avoir une autorisation. Car ici, Finesse réclame des dommages pour une chanson qui contient un sample dont il ne détient pas les droits (ils appartiennent à la descendance Peterson, ou à son label… ce n’est pas très important ici). La rumeur voudrait même que Finesse n’a jamais «clearé» l’échantillon de Peterson.

On sent donc qu’une partie de ce qui le dérange, c’est que quelqu’un d’autre, au sein du rap, ait pris un sample qu’il avait rendu populaire, et qui lui «appartenait», sans qu’on lui demande son avis. Pire, le jugement pourrait perturber l’écosystème des mixtapes gratuites, ou encore bloquer toute une vague de nouveaux producteurs qui désireraient se réapproprier, pour toutes sortes de raisons, le catalogue des artistes rap qui les ont précédés.

Et tant qu’on a le droit, voici une version de Hip 2 tha game que Finesse ne cautionne probablement pas non plus:

Un Commentaire

  1. aesk47 says:

    Old greedy ass fuck… sérieux, le nom de crew du dude glorifie le sampling… douce fucking ironie, quand tu nous tiens.

One Trackback

  1. [...] origines du style. Les 1995, Mac Miller, Joey Badas$ (les deux derniers ont d’ailleurs eu des querelles légales avec Lord Finesse…) me viennent a [...]

LAISSE UN MESSAGE

Votre adresse courriel n'est jamais publié. Les champs obligatoires sont marqués *

*
*