Souvenirs et impressions sur la musique dite «rap» tel qu’observée en l’an deux mille quatorze (CIAOBY2K14)

2 Janvier 2015 / par

C’est difficile d’avoir le coeur à l’ouvrage pour la rédaction d’un bilan de fin d’année quand tu tiens déjà un journal quasi-quotidien des affaires jugées intéressantes croisées dans l’année. Ceci n’est donc pas une liste qui prétend à l’exhaustivité,  à l’essentiel, ou à vous aider à rattraper les 12 derniers où vous-vous-disiez-que-vous-devriez-écouter-plus-de-nouvelle-musique-mais-que-bazwell-sur-quel-site-je-devrais-aller-pis-ça-prend-donc-ben-du-temps-pour-trouver-des-affaires-intéressantes-sur-le-google. Ce sont des impressions, tout au plus.

 

  • Kevin Gates: Luca Brasi a eu une année 2014 extraordinaire en dépit d’un album moyen («By any means») et du supérieur Luca Brasi II. Il a complètement arrêté le temps pendant les 2 showcases de SXSW où je l’ai vu jouer. Ses entrevues sont toutes prenantes et intelligentes. Et LiveNation l’a payé pour qu’il annule son show à Philadelphie, qui bouffait les ventes de Lil Wayne et de Drake, programmés le même soir.

 


  • Atlanta, la folle: Alors que la plupart des villes fluorisent leur eau, la Georgie semble s’être inspirée du premier Batman de Nolan en spikant leurs réservoirs de toutes sortes de psychotropes. Peut-être parce qu’elle est relativement petite, la ville peut compter sur un noyau serré de producteurs, rappeurs et gens du métier qui se fréquentent/connaissent tous à divers degrés. Father, Key!, Makonnen, en compagnie des Metro Boomin, Sonny Digital, FKi et London on the track, ont réussi coup sur coup à trouver un support populaire pour de la musique explicitement conçue pour ne pas l’être. De l’autre, Oolah Playah et Scooter ont raconté le mal d’excellente façon. Le plafonnement de Gucci Mane, Future et Migos cette année n’a même pas affecté la balance créative de la ville.

 

  • Chicago: La dureté et la rigueur de la capitale de l’Illinois est souvent opposée à l’exubérance de la scène d’Atlanta. D’abord, Chief Keef est ressuscité de sa mort cérébrale (il a désavoué son matériel de 2013, des «erreurs» commises pendant la phase aiguë de sa dépendance à la codéine) et commerciale avec la suite de Back from the dead, le disque qui l’avait fait naître précocement dans l’oeil public. Son cousin l’a éclipsé cependant: Walkin’ Legend de Fredo Santana est vindicateur, mais également tragique, dans le sens le plus romantique du terme. Le Tony de King Louie innove peu dans le propos, mais le travail sur les flows et les structures est complètement sauté et pousse le genre vers l’avant. Tout le travail en coulisse des dernières années de Bibby et Lil Herb a payé cette année. Parmi les nouveaux, Chris Crack, protégé de Tree, a touché le sublime, tandis que GOD a abouti d’un projet parfaitement profane. Si on zoom out un peu dans le Midwest, Stu et Juu ont rendu avec le plus de justesse la noirceur et le pathétisme de la vente de stupéfiants et de l’Amérique post-industrielle. Et bien sûr, RIP DJ RASHAD.

 

  • Shout out to all the pears: Non seulement cette entrevue montre que Tim Westwood est vraiment le Claude Rajotte de ce rap journalisme jeu (pour le meilleur comme pour le pire), on y révèle que Reebok et Ross continuent à collaborer et que les poires sont probablement à blâmer pour «Hood Billionaire».

 

  •  La France: Deux pôles complètement opposés. L’étiquette Bad Cop Bad Cop   a campé sa ligne éditoriale à l’aide de deux sorties impeccables: Le disque de Metek et tout dernièrement celui de Sameer Ahmad. Trop vieux, trop humbles, trop lucides, trop érudits, trop cyniques, trop fiers pour les compromis qui leur permettraient d’espérer vivre du rap, ils font une utilisation toute personnelle du média, à des lieues des machos protéinés qui se font la bise dont raffole le marché des mâles/12-35 ans/africains qui font et défont le rap système français. Mais de là à dire que tout est jeter de ce côté… De ceux-là, JUL est mon préféré. Ça a tout du rap de Cheetos: industriel, générique, vide, dégoûtant mais redoutablement addictif. Et ce clip est sur-puissant.

 

  • Québec: Je pense qu’on a eu la dernière bonne année de rap québécois pour un bon bout de temps. On va (avec raison) entendre parler encore de Eman, Vlooper et de LLA pour 12 mois, mais je vois vraiment pas ce qui va venir après. Je souhaite que l’activité inhabituellement élevée dans le street francophone de Montréal cette année (Wanted, Jackboy, Télus, les Trappeurs Québécois) laisse entrevoir un retour à court terme du rap de bandits au Québec.

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