«XXL» vient briser une année famélique de rap local (critique)

4 Septembre 2014 / par

Pendant sa première moitié, 2014 a été plutôt en jachère, conséquence inévitable d’une effervescence qui a fait du rap la scène la plus dynamique de l’industrie musicale québécoise depuis 3 ou 4 ans maintenant. En court et en double-ixe-large, Eman et Vlooper donnent de la protéine à une année famélique.

Peut-être qu’il était plus intelligent que les autres — ou juste plus vieux, plus vite — mais Eman a évité les pièges de début de carrière: pas de sobriquet gênant, pas de faux-pas public désastreux. Quand ses projets commençaient à se faire dépasser par la gauche — le rap est un sport de nouveautés — il prenait discrètement la route scénique… pour revenir systématiquement quelques sorties plus loin avec un nouveau bolide pour faire tourner les têtes. Le loop, Teflon Don, Fa faire du loot, Miracle vivant, Mantra, autant d’itérations menant à un premier album solo dont la somme dépasse l’addition des parties.

Celui qui a déjà chanté «j’thème» est désormais plus libre que jamais du carcan de la «chanson» qui continue à trop souvent plomber le rap (et dont il a été un des principaux artisans avec Accrophone). Les idées, observations, provocations et vers d’oreille s’additionnent, pour devenir éventuellement une chanson quand on les chapeautent d’un titre. Comme des racines sous l’asphalte (s/0 Koriass), des idées plantées ici ressortent trois chansons plus loin, pour brosser, au bout de 40 minutes, un album impressionniste, bordélique quand on a le nez dedans, mais harmonieux et cohérent avec 2 pieds de recul. Un condensé personnel de la manière de voir la vie d’un individu, ce vers quoi l’auteur et l’artiste devraient toujours aspirer.

Mais ce n’est que la moitié du charme de ce «XXL». Ce serait bien gênant d’oublier de mentionner la contribution de celui qui a vocalisé le premier «piu piu», et participé étroitement à ce qu’on reconnaisse la voix des muets derrière les consoles. Vlooper tire sur toutes sortes de cibles, et les abat avec une régularité et une précision qui surpasse, à mon avis, tout ce qu’il avait accompli jusque ici dans ses aventures solo, à deux avec ModLee et avec Alaclair. Sa capacité à faire tenir dans sa main des référents se moquant des époques et des frontières de genres est la preuve exemplaire que le nostalgisme n’exclut pas l’anticipation sonique et, fait de ce «XXL» un album (un mot rare!) hors du temps et des saisons.

Il s’écoute en entier sur Voir et s’achète sur Bandcamp et iTunes.

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