Young L, le dauphin de Berkley (profil)

9 Mai 2014 / par

L’école fait rarement partie des facteurs de succès qu’on énumère quand on fait l’eulogie de rappeurs. Pourtant, il y a sûrement des recoupements à faire entre l’endroit où les gamins apprennent à socialiser et leur cheminement de carrière ultérieur. Ça serait un bon projet pour Complex de répertorier les écoles secondaires où envoyer votre enfant si vous voulez qu’il devienne un rappeur connu. La George Westinghouse Career and Technical Education High School de Brooklyn serait probablement dans le top 3, ayant compté dans ses rangs DMX, Jay Z, Busta Rhymes et Notorious BIG.

Sur la côte ouest, on devrait comptabiliser l’Albany High School dans le palmarès. En plus d’avoir fait croiser les trajectoires de Tim Armstrong et Matt Freeman de Operation Ivy/Rancid, l’école secondaire de la petite ville de moins de 20 000 habitants a aussi été le lieu de rencontre entre Lil B et Young L, qui allaient éventuellement former The Pack avec Stunnaman et Lil Uno. Le groupe va enregistrer ses deux premières mixtapes, Wolfpack Muzik vol. 1 (2005) et 2 (2006) dans le studio maison de Young L, qui devient le producteur attitré du groupe. Grâce au parrainage de Too $hort, les Packs (#nokijiji) va éventuellement signer un deal avec Jive Records, qui les laissera cependant tomber en 2008 après des ventes décevantes de Based Boys (2007).

Après The Pack, Young L se réorientera vers sa deuxième carrière de designer/entrepreneur. Le nom «Pink Dolphin» aurait d’abord été inventé pour un projet musical entre Lil B et Young L, qui voulaient explorer du côté du rock. Après quelques chansons, la conversion stylistique est abandonnée, et la dénomination devient flottante. Young L décide de la récupérer pour lancer sa marque de vêtement, dans laquelle Lil B  ne montrera jamais vraiment d’intérêt, au dire de L. Il va lui même écouler les premiers v-necks blancs arborant la croix rose sous-titrée de la traduction japonaise de «Pink Dolphin» durant une tournée avec Gym Class Heroes. Voyant l’intérêt, et les potentiels de profits, il va s’associer à Cena Naima, avec qui il créera les premières collections complètes estampillées des cétacés.

En 2010, Fader donnera un coup de pouce au développement national de la marque en mettant sur sa couverture Young L, de dos, arborant son blason. Aujourd’hui, ses couleurs sont désormais omniprésentes de Los Angeles à San Francisco, et associées de près à toute la «nouvelle» scène rap de LA/Bay Area qui domine le pays.

En parallèle de ses succès d’homme d’affaires, Young L n’a jamais complètement accroché son micro ni rangé ses machines. S’il n’a pas l’hyperactivité de son ancien confrère de The Pack (qui peut y prétendre, de toutes façons), L a continué de collaborer à gauche à droite, en plus de sortir une demi-douzaines de mixtapes/albums/EP depuis 2010, couvrant un territoire de genres et d’influences qui dépassent les limites qu’on voudrait associer à l’idéateur de «Vans». Diagnostiqué maniaco-dépressif, Young L fait de la musique en suivant de près les changements radicaux de ses états d’âmes. Par exemple, en 2012, il faisait paraître «Mario & Domo VS The World», un album collaboratif avec Soulja Boy, glorifiant l’accumulation déraisonnable de biens matériels, puis, quelques mois plus tard, «Enigma Theory», un album intimiste, sombre et tortueux, où il remixait notamment Wye Oak et Yeasayer.

YFGOD (ou Young Fashion God), qui aura un an cet été, est tout aussi bipolaire, avec des hymnes aux cassages de verres, construits à partir basses de terrorcore et de sons 8-bit (My lungs), du molly rap autotuné produit par Lex Luger (Named Molly), un hommage à l’univers de Drive (Coupe Life) autant que des confessions sur fond de violons et piano (Rare Freestyle) ou de samples d’Adele (Turning tables).

La moitié des productions de l’album sont créditées à ce «YFGOD», qui, on le comprend vite, ne peut être que Young L. Puis, il reviendra avant la fin de l’année avec un EP d’instrumentaux, sous son nom le plus connu cette fois-là, appuyant l’idée que chacun de ses projets artistiques s’inscrivent dans une ligne créative distincte. Dans le chaos apparent de sa discographie, il y a un ordre et une logique implacable.

Le tout récent «Dundidit», où on découvre la nouvelle collection que Pink Dolphin a élaborée pour les marabouts sénégalais, ainsi que «Weed from Mexico», ci-bas, font monter la mousse pour MVP, son prochain projet à paraître d’ici quelques semaines.


Bougie d’allumage: PBS

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