Young L, MVP à son propre sport (tlchrgmnt)

14 Juillet 2014 / par

Young L n’a pas besoin de faire de la musique. Du moins pas dans le sens de «besoin de payer mon loyer/suivre un calendrier établi par un gérant/s’accomplir». Fondateur et principal designer de Pink Dolphin, parrain de l’idéologie #based et précurseur de la nouvelle génération de producteurs de la côte Ouest, Young L a l’argent, l’influence et les trophées.  Il n’est pas le premier à le dire et à le faire, mais ceux qui sont indépendants de fortune sont les seuls qui peuvent aspirer à être véritablement libres de créer.

L’entièreté de sa discographie post-The Pack est donc composée de projets répondant à des critères purement esthétiques, à des inspirations personnelles et à des fins exutoires. Si on imagine assez bien les avantages de cette situation, le pendant négatif est bien présent: celui de s’égarer et de se perdre ou, pire, de se complaire dans un cul-de-sac qui n’intéresse personne.

Heureusement, MVP, sorti à la mi-juin, fait partie du meilleur matériel qu’il a signé. Il y reprend les sonorités gothico-romantiques qui hantent les radio satellites et le champ lexical des palmarès pour les remettre à sa main. Le résultat est résolument de l’époque, et apparaîtra comestible pour un auditoire non-averti, tout en étant suffisamment désynchronisé pour que l’oreille attentive y trouve ce que les machines industrielles à la chaîne ne peuvent produire.

Compositeur avant d’être rappeur, Young L utilise sa voix avant tout comme un instrument, et les mots pour la place qu’ils occupent dans l’espace. Les refrains les plus marquants de l’album (Dun Did It, Mexico, Range Rover) sont à peine transcriptibles… des mots marmonnés, mais dont la mélodie s’invite toute seule dans le crâne. Dans la tradition basée la plus authentique, les phrases qui sortent de sa bouche ont cette aura de spontanéité, cette connexion directe entre l’inconscient de l’artiste et l’oreille du récepteur (par le biais d’un téléphone en or, s’il vous plait). Ce n’est pas pour tout le monde, mais ceux qui s’y sont habitués reconnaîtront immédiatement les parentés avec Lil’ B.

Mais alors que le Based God s’est un peu perdu dans ses projets dans la dernière année, Young L est pile poil sur sa mire. En moins de 35 minutes, il fait efficacement le tour de son sujet, sans lasser, ni agacer. À vrai dire, je recommande de l’écouter avec l’option de «boucle» de iTunes. Après quelques tours de manège, les effets psychotropes commencent à se faire sentir: sentiment d’apesanteur, détachement du temps qui passe, cerveau qui devient brumeux… Absolument prescrit!

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