Yung Lean, Suicideyear et Little Pain ont-ils le droit d’être tristes publiquement ? (réflexion)

14 Août 2013 / par

Cette vague de sympathie pour le malheur est arrivée un peu de nulle part, frappant autant depuis Brooklyn, la Louisianne et la Suède. J’aurais pu vous dire qu’après un an à obséder sur la MDMA, le rap était inévitablement à risque de rentrer dans une phase dépressive reliée à un dérèglement de son niveau de sérotonine.

Ce qui est un peu médusant, c’est qu’un ou plusieurs artistes arrivent avec leur propre style de musique, qu’ils s’auto-proclament créateur d’un «nouveau» genre (c’est toujours très discutable), au lieu de focuser à faire de la musique comme ils veulent et d’attendre que des journalistes fassent le bout de job qui consiste à les relier entre eux. Ça contribue à donner une allure de gamick à quelque chose qui l’est probablement un peu, mais qui repose sur une vraie intention de revenir à un style moins exubérant, d’exploiter une émotion qui a toujours fait partie des armes du rappeur, mais qu’on avait enterré sous des piles de billets de un dollars pendant qu’on était aux danseuses.

***

Peut-être parce que la dépression demeure un des derniers vrais tabou de l’Occident. Peut-être que la manière de la célébrer, comme semble le faire Little Pain, est discutable pour ceux qui sont tristes/déprimés «pour vrai». Peut-être parce que c’est (trop) facile de parler de son malheur quand on est Noir, Américain, et sans grande chance d’améliorer sa vie (ou Blanc, adolescent et Suédois?). Peu importe la raison, il y a un courant anti-tristesse avec des arguments raisonnables qui questionnent les fondements et les motivations de ces artistes «tristes» qui émergent. Ce texte de Refined Hype en fait une bonne genèse.

Je ne pense pas que quiconque ait le droit de décider pour quelqu’un d’autre s’il est «assez» triste pour avoir le droit d’aborder le sujet de manière «authentique». Et si Little Pain et Yung Lean et Suicideyear et les autres trouvent un réel réconfort dans l’expression publique de leur tristesse? Surtout si ça produit des chansons de qualité. Et même si c’était une exploitation stylistique, est-ce que c’est réellement un affront aux «vrais» tristes? S’il est ouvertement permis de rapper à propos de milliers de kilos de cocaïne qu’on aurait virtuellement vendus, pourquoi ne pourrait-on pas parler de ses larmes qu’on a imaginées verser ?

Tout ça est en tout cas infiniment plus stimulant que le verse de Kendrick sur Control.

Clip via Fader.

TAGS

            

Un Commentaire

  1. beigbeig says:

    wipe that smile off ur face!

LAISSE UN MESSAGE

Votre adresse courriel n'est jamais publié. Les champs obligatoires sont marqués *

*
*